1944 : une Caennaise reconnaît sa mère sur une photo historique
Le centre Juno Beach lance un appel à témoins pour identifier douze enfants figurant sur un cliché pris à Caen en juillet 1944, un mois après le Débarquement. Une visiteuse a déjà reconnu deux visages familiers.
Un cliché sorti de l'oubli
Douze enfants souriant devant le cloître de l'église Saint-Étienne de Caen. Ce 10 juillet 1944, un reporter de guerre canadien immortalise cette scène. Huit décennies plus tard, la photo révèle enfin une partie de son mystère.
Le centre Juno Beach, à Courseulles-sur-Mer, a choisi ce cliché pour illustrer son exposition Mon enfance 1939-1945. C'est alors que l'histoire s'anime.
Fin avril, deux Normandes venues voir l'exposition nous ont signalé que leur mère et leur tante étaient sur la photo, rapporte Ophélie Duchemin, responsable communication du musée consacré aux Canadiens dans la Seconde Guerre mondiale.
Yvette et Ginette, figures de la résilience caennaise
Yvette Huiban, 11 ans à l'été 1944, regarde malicieusement vers sa droite, les mains posées sur les épaules d'un garçonnet blond. Sa sœur Ginette se tient juste à côté.
Mon père avait vu cette photo dans le journal un jour. Et récemment, je suis tombée sur l'affiche de l'exposition, confie Christine Guilbert, fille d'Yvette.
C'est une surprise. On est fiers. Notre mère, notre tante prises en photo pendant la guerre, alors qu'il y avait encore des bombardements.
Les deux femmes, devenues secrétaires, ont passé toute leur vie à Caen. Elles sont aujourd'hui décédées. Des vies modestes, ancrées dans leur terre, qui incarnent cette France profonde trop souvent oubliée.
Caen martyre sous les bombes
Trois jours avant la prise de ce cliché, Caen venait de subir de lourds bombardements alliés. Canadiens et Britanniques n'avaient pénétré dans la cité que la veille, le 9 juillet. La ville n'était plus que ruines.
Cette photo provient de la bibliothèque des archives du Canada, explique Nathalie Worthington, directrice du centre Juno Beach. C'est une collection de clichés pris dans les ruines de Caen par un photographe officiel. Comme de nombreuses familles ont tout perdu, ces photos sont parfois les seules qui existent.
Pour Christine Guilbert, c'est le cas. Aucune autre image de sa mère pendant la guerre ne lui est parvenue. Le musée profite de cette découverte pour lancer un appel à témoins afin d'identifier les autres enfants du quartier, au carrefour de la rue de Bretagne et de Bayeux.
La mémoire ne doit pas s'éteindre
Le frère de Christine Guilbert a puisé dans ses souvenirs et les archives disponibles. Il a identifié Jean Lecapon, au dernier rang avec son béret, ainsi que les sœurs Nicole et Jacqueline Lévêque.
Le petit enfant blond nous dit quelque chose, ajoute Christine Guilbert. Il devait habiter dans le coin. On nous a parlé de lui, il était resté proche de la famille. Mais nous ne nous souvenons plus de son nom !
Nathalie Worthington observe que de plus en plus d'objets, de témoignages et de photos sont confiés au musée. Leurs détenteurs en saisissent enfin la valeur et refusent que ces fragments d'histoire disparaissent à jamais. La directrice envisage d'exposer des clichés dans le hall du musée, invitant chacun à venir reconnaître des visages et à enrichir cette mémoire civile.
Plus de 80 ans après le Débarquement en Normandie, cette mémoire reste un devoir. La France qui se souvient est la France qui tient debout. Ces photos n'ont pas fini de parler, et il appartient à chaque génération d'en préserver le souvenir.