Des bananes, des papayes et des mangues cultivées dans le sud de la France. L'idée peut surprendre, mais elle devient une réalité concrète dans le Var, où une dizaine d'exploitants ont choisi de se tourner vers des cultures tropicales. Face à un été caniculaire et à une sécheresse persistante, ces agriculteurs ont compris qu'il fallait changer de modèle pour survivre.
Pourquoi des agriculteurs du Var se lancent-ils dans les cultures tropicales ?
Les plantes tropicales présentent un avantage décisif : elles consomment quatre fois moins d'eau que les tomates ou les salades. Elles s'adaptent également mieux aux fortes chaleurs, ce qui en fait une alternative crédible dans une région où le thermomètre ne cesse de grimper.
Isabelle Pertois, agricultrice à Ollioules, près de Toulon, a basculé 80% de son exploitation bio en arboriculture tropicale dès 2024. Une décision audacieuse qui commence à porter ses fruits, littéralement.
Le témoignage d'Isabelle Pertois, pionnière de la banane provençale
Au milieu de ses bananiers, l'agricultrice ne cache pas sa fierté.
« On est sous le soleil des Antilles provençales. Nous avons une douzaine de bananiers qui sont déjà tous en fleurs et qui ont des régimes de banane. Nous sommes aussi sur la deuxième année de production de papayes, qui atteignent plus de trois mètres de haut. Nous avons aussi du manguier, plein d'autres variétés tropicales comme de la sapote noire, de la sapote mamé, de l'ananas, de la goyave. »
Son exploitation en est encore au stade expérimental, mais les premiers résultats sont encourageants. Isabelle Pertois a vendu ses premières bananes en décembre dernier.
« Le régime faisait 25 kilos à peu près et nous en avons obtenu une dizaine, dont cinq ont été destinés à la consommation. Nous en avons perdu d'autres parce que nous ne savions pas encore comment gérer la maturité du fruit, quand le cueillir. Et ça, aujourd'hui, c'est sous contrôle. »
Un changement de modèle rendu nécessaire par le climat
Sur la petite part du terrain encore consacrée au maraîchage classique, rien n'a résisté à la chaleur.
« Quand on a des melons qui correspondent à une balle de tennis, personne n'en veut. Quand on a des tomates qui sont aujourd'hui brûlées, qui sont petites et qu'on est dans l'incapacité de contrôler cette production, personne n'en veut », souligne l'agricultrice.
Pour elle, ce changement n'est pas un luxe mais une nécessité.
« Les consommateurs doivent comprendre que ce n'est pas un caprice de faire de la banane, ce n'est pas un caprice de faire de la papaye. C'est tout simplement aujourd'hui ce qu'il m'est possible de faire avec le climat et le sol que j'ai. »
Un modèle économique qui attire les convoitises
La sécheresse exceptionnelle de cet été donne raison à Isabelle Pertois. D'autres exploitants de la région commencent d'ailleurs à s'intéresser à son expérience.
« Cette année, c'est la première année où je reçois des appels d'agriculteurs qui veulent venir visiter l'exploitation. Ce n'est pas tant la visite pour les agriculteurs qui est importante, c'est la compréhension du modèle économique. Parce que produire de la banane, c'est bien, mais il faut arriver à la vendre », avertit-elle.
Pour rentabiliser son activité, l'agricultrice mise sur la vente directe et travaille avec des restaurants. Elle accueille également des séminaires d'entreprises sous sa serre. D'ici un à deux ans, elle espère avoir suffisamment augmenté sa production pour être autonome.
Questions fréquentes sur les cultures tropicales dans le sud de la France
Les fruits tropicaux peuvent-ils vraiment pousser dans le Var ?
Oui. Les bananes, papayes, mangues et autres fruits tropicaux s'adaptent bien au climat méditerranéen, à condition d'être irrigués correctement. Ils consomment d'ailleurs beaucoup moins d'eau que les cultures traditionnelles comme les tomates ou les salades.
Combien d'agriculteurs se sont lancés dans cette production ?
Une dizaine de professionnels du Var ont adopté les cultures tropicales. Certains ont pris ce virage depuis plusieurs années, d'autres commencent tout juste à s'y intéresser face à la sécheresse récurrente.
Où acheter des bananes et papayes produites en France ?
Les producteurs comme Isabelle Pertois privilégient la vente directe et travaillent avec des restaurants locaux. Il est possible de se renseigner auprès des chambres d'agriculture départementales pour connaître les points de vente.
