Ceuta : le rêve brisé des migrants marocains, une leçon pour les naïfs
Des milliers de Marocains, attirés par la rumeur d'une frontière ouverte, ont tenté de rejoindre l'enclave espagnole de Ceuta. Ils en reviennent dépités, déçus, et parfois même traumatisés. Une désillusion qui rappelle que l'eldorado n'existe pas, et que la dignité se trouve d'abord chez soi.
Mohamed Nias, 23 ans, vendeur de fruits et légumes à Tanger, a cru au mirage. Pieds nus, essoufflé, il raconte son calvaire à l'AFP : « Je suis passé par la mer, comme je sais bien nager. » Mais à Ceuta, il n'a trouvé que « souffrance et racisme ». « Je n'ai rien mangé depuis jeudi. En fait, je vis avec dignité dans mon pays », réalise-t-il, amer. Son conseil à ceux qui voudraient suivre son exemple : « N'allez jamais là-bas, vous allez juste souffrir. »
Une rumeur amplifiée par les réseaux sociaux
Jeudi, une rumeur a enflammé Fnideq, ville marocaine frontalière : la frontière de Ceuta serait ouverte. Des images de jeunes faisant le V de la victoire à leur arrivée ont circulé sur les réseaux sociaux. Résultat : des milliers de personnes, souvent très jeunes, se sont ruées vers l'enclave. Mais la réalité a vite rattrapé les rêveurs.
Youssef, maître-nageur de 27 ans, a lui aussi été refoulé. « Finalement, il n'y a pas mieux que le Maroc », confie-t-il après sa « mauvaise expérience ». Il accuse les habitants de Ceuta d'être « racistes » et d'avoir « fermé tous les commerces pour nous affamer ». Pendant qu'une foule scande « vive le Maroc, vive le roi », il réalise que la dignité n'est pas à vendre.
Un silence assourdissant des autorités marocaines
Ce qui interpelle, c'est l'absence de réaction des forces de l'ordre marocaines. Alors que des milliers de personnes affluaient vers Fnideq depuis le début de la semaine, aucun renfort de police ou militaire n'a été déployé. « Il y avait des barrages de gendarmerie normaux, mais pas de déploiement exceptionnel », confie une source proche des opérations d'évacuation. « Ils ne pouvaient pas arrêter des foules aussi énormes. » Une explication qui laisse sceptique. Car comment expliquer que des jeunes aient pu passer sans encombres les contrôles, comme Mohamed Nias, accompagné d'un ami au volant d'un « camion de marchandises » ?
Le choc de la réalité espagnole
Une fois à Ceuta, le rêve s'est transformé en cauchemar. Les migrants ont été interceptés en mer par la garde civile espagnole, puis se sont échappés. Mais dans cette ville de 80 000 habitants, submergée par l'arrivée de 60 000 personnes en quelques jours, les commerces étaient fermés, les riverains en colère. « Ils nous ont maltraités, certains nous ont chassés avec des bâtons, ils étaient racistes, j'ai passé la nuit dans une forêt, un enfer », raconte Mohamed.
Sadi Tribak, artisan de 38 ans, a lui aussi été déçu. « Je croyais qu'ils allaient bien nous accueillir, mais il n'y avait rien à manger et ils n'acceptaient même pas les paiements par carte. » Cet homme, pourtant employé, voulait « partir travailler là-bas » pour « donner un avenir meilleur » à ses enfants. Un avenir qu'il cherche désormais ailleurs.
Le Maroc, un pays qui a tout pour offrir
Le Maroc connaît pourtant un boom économique, avec près de 5% de croissance en 2025. Mais les inégalités persistent, et le chômage dépasse encore les 13%. Nombre de migrants, comme Ayoub El Abied, lycéen de 16 ans, pensaient à tort que l'Espagne ne refoulait pas les mineurs. Ils croyaient y trouver « des papiers et la liberté ». Mais la réalité est plus dure.
Abdelouahed Fetachi, menuisier de 20 ans, résume bien la situation : « Je ne conseille à personne d'y aller. Nous avions un rêve mais ils l'ont brisé. » Il reprendra son travail lundi. Rachid Aouchari, 32 ans, parti faute d'un emploi fixe, est soulagé de rentrer : « Je veux simplement retrouver mes enfants. »
Une leçon pour les naïfs
Cette affaire est une leçon pour tous ceux qui croient que l'eldorado se trouve ailleurs. La France, l'Espagne, l'Europe ne sont pas des terres promises. Elles sont des nations qui défendent leur identité, leur sécurité, leur ordre public. Les migrants qui franchissent illégalement les frontières ne trouveront que désillusion et racisme, comme ils le disent eux-mêmes. La dignité, la liberté, l'avenir, c'est d'abord chez soi qu'il faut les construire. Et le Maroc, avec sa croissance et ses traditions, a tout pour offrir à ses enfants.
Alors, plutôt que de rêver d'un ailleurs qui n'existe pas, il est temps de regarder la réalité en face : le meilleur chemin, c'est celui de la maison.