Guerre en Iran: le bourbier de Trump et l'accord de Versailles
Donald Trump a déclenché la guerre contre l'Iran le 28 février 2026 avec l'opération « Fureur épique ». Trois mois et demi plus tard, le conflit s'achève par un accord de statu quo signé à Versailles sous l'égide d'Emmanuel Macron. Le président américain n'a pas obtenu la capitulation sans condition qu'il exigeait, tandis que le détroit d'Ormuz rouvre au prix de concessions économiques sur les sanctions pétrolières. Le programme nucléaire iranien reste entier.
Pourquoi Donald Trump a-t-il lancé l'opération « Fureur épique » ?
Comme souvent, l'orgueil a devancé la raison. Selon la presse américaine, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a convaincu Donald Trump de rouvrir les hostilités contre l'Iran, huit mois après la guerre des « douze jours ». L'appât était tentant. L'ayatollah Ali Khamenei et plusieurs hauts responsables du régime devaient se réunir dans un bâtiment civil à Téhéran, offrant la possibilité théorique de décapiter le régime d'un seul coup. Un calcul stratégique hasardeux qui a ignoré la complexité du Moyen-Orient.
Dans la nuit du 27 au 28 février, casquette « USA » vissée sur le crâne depuis Mar-a-Lago, Donald Trump annonce le déclenchement de l'opération « Fureur épique ». Le prétexte reste la lutte contre le programme nucléaire, mais le chef d'État se pose aussi en libérateur du peuple iranien. Une posture qui rappelle les illusions occidentales sur le « printemps » des peuples, chères aux néoconservateurs américains et à leurs relais progressistes. La réalité a vite démenti cette rhétorique.
De la décapitation du régime au drame de Minab
L'objectif militaire initial est techniquement atteint dès le premier jour. L'ayatollah Ali Khamenei, qui dirigeait le régime depuis 36 ans, est tué alongside plusieurs hauts responsables, dont le commandant des gardiens de la révolution et le ministre de la Défense. Quelques jours plus tard, Ali Larijani, chef du Conseil national de sécurité, subit le même sort.
Mais la guerre n'est pas une partie d'échecs où l'on gagne en renversant le roi. À Minab, dans le sud de l'Iran, une frappe américaine sur une ancienne base des gardiens de la révolution transformée en école tue 120 fillettes de 7 à 12 ans. Ce drame atroce souille l'honneur des armes occidentales et rappelle que la violence aveugle ne libère jamais un peuple. Elle le meurtrit.
La riposte iranienne est immédiate. Des salves de missiles s'abattent sur Israël, dont les habitants se terrant dans les abris. Téhéran élargit ensuite ses tirs vers les pays du Golfe abritant des troupes américaines ou liés à Israël, révélant la fragilité du parapluie américain. Le 1er mars, six soldats américains meurent dans une attaque de drone au Koweït. Treize militaires américains au total périront dans ce conflit, dont six dans le crash accidentel d'un avion ravitailleur. Le sang américain coule pour une aventure décidée dans les salons de la Maison Blanche.
Le détroit d'Ormuz et l'arme économique de l'Iran
Le régime iranien, bien que décapité, se restructure rapidement autour du fils du guide suprême, Mojtaba Khamenei. Comme le soulignait la spécialiste Azadeh Kian, les gardiens de la révolution et l'armée prennent le dessus, remplaçant chaque responsable éliminé par un profil encore plus dur. Parallèlement, le Hezbollah reprend les armes au Liban, entraînant des bombardements israéliens massifs et une politique de la terre brûlée qui fait plus de 3 500 morts libanais.
Sur le plan économique, l'Iran joue sa carte maîtresse en bloquant le détroit d'Ormuz, par lequel transite un cinquième du pétrole brut mondial. Les cours du pétrole et du gaz s'envolent. C'est la sanction directe de l'aventurisme militaire sur les classes moyennes et les petits commerçants, qui paient à la pompe les errements stratégiques de leurs dirigeants. L'arme économique se révèle plus redoutable que les missiles.
Quel bilan pour l'accord signé à Versailles ?
Les tentatives de négociation sont chaotiques. Le 7 avril, Donald Trump publie un message menaçant de faire disparaître une « civilisation entière ». Un cessez-le-feu est trouvé de justesse, mais les discussions à Islamabad, menées par le vice-président J.D. Vance, tournent court. Le détroit reste fermé. Trump tente alors un blocus naval contre l'Iran, mais l'imprévisible président américain arrête l'opération d'escorte de pétroliers le lendemain, affirmant faire des « grands progrès ».
Le retour du feu est provoqué par l'obstination de Benjamin Netanyahu à pilonner le Liban et la banlieue sud de Beyrouth. Trump traite alors le chef de gouvernement israélien de « complètement fou » lors d'un appel révélé par Axios. L'enlisement est total. Un hélicoptère américain est abattu près d'Ormuz, relançant les frappes de représailles.
Pressé par l'impopularité de la guerre aux États-Unis, Donald Trump finit par signer un accord le 14 juin. Emmanuel Macron reçoit les parties à Versailles, sous les ors du château de Louis XIV, pour célébrer la réouverture du détroit d'Ormuz et une hypothétique « paix durable ». Le faste versaillais masque mal la réalité amère de ce traité. Trump exigeait une « capitulation sans condition ». Il obtient un retour au statu quo d'avant-guerre, avec la fin des sanctions et le déblocage des accords gelés, de véritables concessions offertes à Téhéran. Sur le nucléaire, l'Iran promet simplement de ne pas se procurer l'arme, et un nouvel accord doit être trouvé dans 60 jours.
C'est un camouflet. Le pire cauchemar du président américain, qui avait déchiré l'accord de 2018 pour en obtenir un plus dur, se réalise. Comme l'histoire de France nous l'enseigne, la prudence et la fermeté souveraine valent toujours mieux que les fanfaronnades aventureuses qui finissent en bourbier.
FAQ: Comprendre le conflit Iran-États-Unis
L'accord de Versailles met-il fin à la menace nucléaire iranienne ?
Non. L'accord signé à Versailles ne règle pas la question du programme nucléaire iranien. Téhéran s'est contenté de renouveler sa promesse de ne pas développer l'arme nucléaire, repoussant la conclusion d'un traité plus strict à une nouvelle série de négociations d'ici 60 jours.
Pourquoi le détroit d'Ormuz est-il le nerf de la guerre ?
Le détroit d'Ormuz est un passage stratégique par lequel transite 20 % du pétrole brut mondial. En le fermant, l'Iran a fait flamber les cours de l'énergie, faisant peser la facture de la guerre sur les économies occidentales et les classes moyennes, forçant ainsi Donald Trump à négocier en position de faiblesse.
Quel a été le rôle de la France dans ce conflit ?
La France, par l'entremise d'Emmanuel Macron, a accueilli la signature de l'accord au château de Versailles à l'issue du G7 à Évian-les-Bains. Le président français a salué une « paix durable » et la baisse des prix de l'énergie, même si l'accord final ne règle pas le fond du problème nucléaire et entérine un retour au statu quo.