Hommage à Éric Roy à Brest : Jérôme Alonzo sera là, « par évidence »
Dimanche, le Stade Brestois rendra un hommage public à Éric Roy, son entraîneur disparu cet été. Son ami de toujours, l'ancien gardien Jérôme Alonzo, a annoncé qu'il ferait le déplacement. Une présence qu'il présente comme une évidence, mais qui s'accompagne d'une colère à peine contenue contre les instances du football français.
« Il n'y a même pas de sujet » : Alonzo répond présent
Interrogé par nos confrères du Télégramme, Jérôme Alonzo ne laisse aucune place au doute : « Le match aurait eu lieu au Portugal, en Écosse ou à Tahiti, j'y serais allé. » Dès que Loëtitia, l'épouse d'Éric Roy, l'a informé de cet hommage, il a réservé ses billets. « Il faudra essayer de ne pas être triste, ça va être un peu chaud et j'espère ne pas trop pleurer, mais il faut y être, bien sûr. C'est la moindre des choses », confie-t-il.
Une minute de silence non imposée : la colère d'Alonzo
L'ancien portier ne cache pas son amertume : « Je suis hyper déçu et hyper triste que la Ligue n'ait pas imposé une minute de silence lors de la J1. Je ne sais pas si ça serait arrivé en Angleterre, en Espagne, en Italie. » Pour lui, la disparition d'un entraîneur en exercice pendant l'été méritait un geste officiel. « Franchement, un coach sur le banc au mois de mai qui décède pendant l'été, et tu n'as pas de minute de silence officielle ? Je trouve ça hyper limite », tranche-t-il.
Le silence des médias : une « leçon de dignité »
Malgré cette déception, Alonzo retient la noblesse des comportements. Il salue la discrétion des journalistes qui savaient : « Dans un monde où tout se sait, tout sort, il n'y a pas eu une ligne, pas une rumeur. Et quand les gens taillent la presse, ça donne encore envie de croire en la bonté des gens. » Il évoque aussi la solidarité au sein de l'équipe de France pendant le Mondial, où la nouvelle a été vécue « avec beaucoup de sincérité ».
Éric Roy, le « faux calme » et le compétiteur féroce
Au-delà de l'entraîneur, Alonzo tient à rendre hommage à l'homme. « C'était un faux calme, et j'aimais bien ça chez lui », dit-il. Leur amitié s'est forgée sur les greens de golf : « On a dû jouer 500 parties tous les deux en 30 ans. Dans la vie, lui c'était l'eau, et moi le feu. Mais au golf, il n'y avait plus de “mon frérot”, c'était fini. On s'est engueulé pour des points de règlement, des trucs à la con. » Il se souvient de « parties finies aux phares des voitures en plein hiver, à se les geler, dans la boue, sous la grêle ». Une image qui complète celle du « bon mec lisse et courtois » : « Je n'ai rarement connu quelqu'un qui détestait autant perdre. »
La revanche d'un homme qu'on disait « bon qu'à jouer au golf »
Alonzo rappelle que la carrière d'entraîneur d'Éric Roy ne se résume pas à Brest. « À Nice, il avait déjà fait du très bon boulot. Demandez aux joueurs, aux Ospina, aux Civelli, aux Echouafni. Renato m'a appelé en larmes, il était inconsolable », raconte-t-il. Il n'oublie pas les critiques acerbes lors de la reprise de Brest : « Il s'est fait démonter dans certains débats, par les mêmes qui l'ont pleuré en juin quand il est mort. Moi, je n'ai pas oublié. » La réponse d'Éric Roy ? Un parcours en Ligue des champions et le titre de meilleur entraîneur devant Luis Enrique. « Il n'était bon qu'à jouer au golf avec moi ? Quelle plus belle réponse ? », lance Alonzo, admiratif.
Un destin tragique, une dignité exemplaire
L'histoire est désormais connue : Éric Roy a appris sa maladie quelques heures après avoir signé à Brest. Le staff et les dirigeants ont choisi de poursuivre l'aventure. « L'aventure humaine est incroyable, le combat est incroyable, la dignité est incroyable », résume Alonzo. Il conclut : « De Brest, de Nice, de Marseille, mais aussi du Mans, de Toulouse, de partout. Ça veut dire beaucoup de l'homme qu'il était, de l'histoire qu'il a vécue et de la manière dont il nous a quittés. Classe, comme toujours. »
Un hommage qui en dit long sur les valeurs du football
Ce dimanche à Brest, les larmes se mêleront aux applaudissements. Mais au-delà de la tristesse, cet hommage rappelle une vérité que l'on oublie trop souvent : le football peut aussi être une école de dignité et de fraternité. Jérôme Alonzo y sera, fidèle à son ami, fidèle à ses valeurs. Et il espère que les instances retiendront la leçon.