IA et justice : la cour d'appel de l'Arizona censure une vidéo de victime ressuscitée
Une cour d'appel de l'Arizona a annulé la peine de dix ans et demi de prison prononcée contre Gabriel Horcasitas, reconnu coupable de l'homicide involontaire de Christopher Pelkey en 2021. Motif de cette décision : la diffusion, lors de l'audience de détermination de la peine, d'une vidéo générée par intelligence artificielle montrant la victime pardonner à son meurtrier. Les magistrats estiment que cet avatar a exercé un « poids émotionnel indu » sur le juge.
Une vidéo de la victime créée par IA pour influencer la peine
Christopher Pelkey a été tué par balle en 2021 lors d'une altercation routière. Trois ans plus tard, sa sœur, Stacey Wales, a utilisé une intelligence artificielle pour faire parler son frère devant le tribunal. Dans cette vidéo, la victime pardonnait à Gabriel Horcasitas et évoquait une amitié possible dans une autre vie. Le juge, qui a déclaré avoir « adoré » cette vidéo, a ensuite prononcé la peine maximale prévue.
La vidéo n'avait pas été montrée au jury. Elle a été diffusée après le verdict de culpabilité, dans le cadre de la déclaration de la famille de la victime. Stacey Wales assure ne pas avoir cherché à influencer le verdict, mais admet avoir voulu provoquer une réaction chez le juge. « N'est-ce pas ce que l'on veut que soit la connexion humaine ? », s'interroge-t-elle auprès de 404 Media.
La cour d'appel juge le procédé inadmissible
Les avocats de Gabriel Horcasitas ont fait appel, estimant que cette représentation réaliste de la victime portait un « poids émotionnel indu » et avait un « impact psychologique » sur le juge. La cour d'appel de l'Arizona leur a donné raison. Elle s'appuie sur une jurisprudence de 2007, State v. Rose, où une photographie des enfants d'une victime près de sa tombe avait été jugée acceptable.
« La vidéo d'IA a franchi une ligne. Contrairement aux photographies de Rose, qui ont capturé un moment particulièrement poignant pour les jeunes victimes survivantes, la vidéo d'IA ici ne reflète pas les événements réels », notent les documents judiciaires. L'avatar invente en effet une scène qui n'a jamais eu lieu : Christopher Pelkey parlant après sa mort.
Le verdict maintenu, la peine réexaminée
Le verdict de culpabilité de Gabriel Horcasitas n'est pas remis en cause. Sa peine, en revanche, devra être réexaminée lors d'une nouvelle audience. Stacey Wales prévoit de revenir en Arizona pour prononcer elle-même le texte qu'elle avait écrit pour son frère, sans faire apparaître son avatar à l'écran. « Le sentiment de Chris ne change pas. La manière de le transmettre, oui », lance-t-elle.
L'IA dans les tribunaux : une révolution à encadrer
Stacey Wales compare l'arrivée de l'intelligence artificielle dans les tribunaux à celle de la photographie à la fin du XIXe siècle. Il avait fallu une quinzaine d'années et plusieurs affaires historiques avant que la photographie ne soit acceptée comme norme. « Je crois que c'est ce que nous voyons maintenant avec l'IA. C'est un tout nouveau médium », poursuit-elle.
Cette affaire pose une question essentielle : que se passe-t-il lorsque la technologie ne se contente plus de montrer une personne, mais lui prête un visage, une voix et des paroles qu'elle n'a jamais prononcées ? La justice de l'Arizona vient de répondre : un mort peut être représenté, mais il ne peut pas devenir, même artificiellement, un témoin dont les paroles dictées par une autre personne semblent venir directement de lui.
