Municipales à Lorient : Damien Girard peut-il ramener la gauche au pouvoir ?
Depuis 2020, Lorient connaît une situation inédite : pour la deuxième fois seulement depuis la Libération, cette ville bretonne de près de 60 000 habitants est dirigée par la droite. Fabrice Loher, ancien UDI devenu "divers droite", avait alors brisé une hégémonie de gauche vieille de plusieurs décennies.
Ce dimanche 15 mars, les Lorientais se sont rendus aux urnes pour élire leur nouveau maire. Les bureaux de vote sont désormais fermés et les premiers résultats sont attendus à partir de 20 heures. Face au maire sortant qui se représente sans étiquette, Damien Girard, député écologiste de la 5ème circonscription du Morbihan, mène la charge pour reconquérir cette place forte historique de la gauche.
Une gauche divisée face à un maire sortant fragile
Le scrutin révèle une fois de plus les divisions chroniques de la gauche lorientaise. Sur six listes en lice, quatre représentent la gauche : Damien Girard avec "Lorient en commun", Gaëlle Le Stradic pour les socialistes, Vincent Le Tertre pour La France insoumise, et Blandine Pierron pour Lutte ouvrière. En face, Théo Thomas porte les couleurs du Rassemblement national, espérant cette fois se qualifier pour le second tour.
Cette dispersion rappelle douloureusement la défaite de 2020, quand Fabrice Loher l'avait emporté avec seulement 342 voix d'avance sur Damien Girard. La leçon n'a manifestement pas été retenue, malgré la création de l'association "Lorient en commun" et l'organisation d'Assises de la gauche censées éviter cette dispersion.
Un jeu d'alliances décisif au second tour
Selon les derniers sondages publiés avant la date butoir du 13 mars, Fabrice Loher arriverait en tête au premier tour avec environ 30% des intentions de vote, talonné de près par Damien Girard. Les autres candidats de gauche accusent une dizaine de points de retard, tandis que Vincent Le Tertre pourrait tout juste se qualifier.
Dans une "lettre ouverte", Damien Girard s'est engagé à soutenir le candidat de gauche arrivé en tête, appelant ses homologues à faire de même. "Nous avons un adversaire commun : Fabrice Loher et son ancien colistier, le candidat du Rassemblement national", a-t-il écrit, selon Ouest-France.
Si Vincent Le Tertre partage cette volonté de rassemblement, Gaëlle Le Stradic reste opposée à toute union avec LFI, compliquant la donne pour une éventuelle alliance de second tour.
Un programme écologiste ambitieux
Damien Girard a constitué la coalition la plus large possible, rassemblant onze mouvements politiques autour de sa liste "Lorient en commun", des Écologistes au NPA en passant par le PCF et Génération.s. Sur 47 colistiers, 50% viennent de la société civile avec une moyenne d'âge de 47 ans.
Son programme met l'accent sur le logement social, avec une stratégie foncière à l'échelle de l'agglomération et la création d'une caution municipale. Il propose également un centre de santé municipal, une mutuelle communale, et des mesures tournées vers la mer : piscine extérieure, bus gratuits vers les plages, "passe-mer" pour les jeunes.
Des tensions et polémiques
La campagne n'a pas été exempte de tensions. L'équipe de Fabrice Loher a reproché à Damien Girard d'avoir été soutenu par un groupuscule d'extrême gauche lors des législatives de 2024, accusations que le député a qualifiées de "manipulations mensongères". Des polémiques ont également éclaté entre les listes de gauche, notamment autour d'accusations de transphobie visant un élu socialiste.
Cette élection s'inscrit dans une stratégie nationale des Écologistes, qui visent plusieurs villes moyennes en 2026. Mais le contexte a changé depuis la "vague verte" de 2020 : un sondage récent révèle que 30% des électeurs ayant voté pour un maire écologiste le regrettent, les priorités ayant évolué vers la sécurité et la santé.
Les résultats de ce soir diront si Lorient redeviendra ce bastion de gauche qu'elle fut pendant des décennies, ou si la droite parviendra à consolider son implantation dans cette ville portuaire bretonne.