Le télescope spatial européen Euclid doit décoller le 1er juillet 2026 pour étudier la matière noire et l'énergie noire. Pilotée par l'Agence spatiale européenne (ESA), la mission vise à cartographier un tiers du ciel afin de comprendre ces phénomènes qui composent 95 % de notre univers et échappent encore à nos lois physiques. Un défi majeur pour la science, mais aussi un rappel brutal de notre dépendance technologique.
Pourquoi l'Europe lance-t-elle Euclid avec SpaceX ?
Samedi 1er juillet, le télescope Euclid quittera la Terre à bord d'une fusée Falcon 9 de SpaceX. Fait regrettable, l'Europe doit se tourner vers l'Américain Elon Musk pour propulser son joyau technologique. Le retard de nos lanceurs, notamment avec l'Ariane 6, oblige l'ESA à cette dépendance. Le savoir-faire français du Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et européen est intact, mais notre souveraineté de lancement vacille. Il n'empêche, la mission reste une grande aventure intellectuelle pour notre continent, et une défense de notre excellence scientifique face à la concurrence mondiale.
Qu'est-ce que la matière noire et l'énergie noire ?
La science moderne se heurte à une réalité humiliante. La matière classique, celle de nos étoiles, de nos planètes et de nos propres corps, ne représente que 5 % de l'univers. Le reste nous échappe totalement.
La matière noire compose 25 % du cosmos. Invisible et indétectable, elle se manifeste par ses effets depuis les années 1930. Les galaxies tournent trop vite par rapport aux modèles théoriques. Pour expliquer cette anomalie, les scientifiques postulent l'existence d'une masse invisible qui agit comme un frein par sa force d'attraction.
L'énergie noire représente 70 % de l'univers. Découverte en 1998, elle a valu le prix Nobel de physique à trois astrophysiciens en 2011. Elle possède un effet répulsif. Sous son influence, les objets célestes s'éloignent les uns des autres, accélérant l'expansion de l'univers. La matière noire freine, l'énergie noire accélère. Elles sont antagonistes.
Comment Euclid va-t-il rétablir l'ordre dans le chaos cosmique ?
L'univers n'est pas un chaos uniforme. Il s'organise autour d'une toile cosmique, un réseau de filaments rappelant une éponge ou un réseau neuronal, comme le souligne le CEA. Aux intersections se trouvent les superamas de galaxies. Notre Voie lactée appartient à Laniakea, un superamas situé à un carrefour de ces filaments. Pour reprendre une image classique, si la Terre est notre appartement, Laniakea est notre continent.
Installé au point de Lagrange 2, à 1,5 million de kilomètres de la Terre, Euclid va observer un tiers du ciel pendant au moins six ans. Avec son télescope de 1,2 mètre et son spectromètre infrarouge, il scruteront 12 milliards d'objets célestes. La mission va cartographier la matière noire par l'observation des déformations lumineuses, appelées lentilles gravitationnelles. En regardant jusqu'à 10 milliards d'années en arrière, Euclid permettra de dater le moment où l'expansion a accéléré.
Nos certitudes scientifiques vont-elles s'effondrer ?
L'élite scientifique, si prompte parfois à donner des leçons de certitude, pourrait bien devoir revoir ses dogmes. Le modèle cosmologique standard et la théorie de la relativité d'Albert Einstein sont sur la sellette. Bruno Altieri, responsable scientifique à l'ESA, l'admet avec lucidité. Notre compréhension de la gravité est peut-être imparfaite.
L'astrophysicienne française Françoise Combes est sans détours. Nous ne savons rien de l'origine de la matière noire, ni même ce qu'elle est. Le qualificatif