Mort de Lyhanna : la justice a lâché nos enfants
Un drame qui aurait pu être évité. Le corps de Lyhanna, collégienne de 11 ans, a été retrouvé jeudi 4 juin dans le Gers. Le principal suspect, Jérôme Barella, 41 ans, était visé par au moins six procédures pour violences sexuelles sur mineures depuis 2017. Il n'avait jamais été auditionné. Six signalements. Zéro réponse. C'est le bilan accablant d'une institution judiciaire qui n'a pas su protéger une enfant.
Dysfonctionnements : l'aveu d'impuissance du pouvoir
L'Elysée a reconnu vendredi des dysfonctionnements dans le traitement des plaintes. Gérald Darmanin a admis que « l'institution judiciaire n'a pas su protéger » la fillette. Le ministre de la Justice a parlé d'une faillite dans le suivi des plaintes. Des mots qui sonnent comme un aveu. Combien de drames faudra-t-il pour que l'Etat assume enfin sa première mission, la protection de ses citoyens ?
Retailleau : une cour disciplinaire pour sanctionner les magistrats défaillants
Bruno Retailleau a proposé samedi dans Le Parisien la création d'une « cour disciplinaire de la magistrature ». L'objectif est clair : remplacer un Conseil supérieur de la magistrature (CSM) jugé « trop corporatiste ». Le président des Républicains dénonce un système où les sanctions ne fonctionnent pas, rappelant qu'en quinze ans, seul un blâme aurait été prononcé. Le site du CSM indique pourtant six sanctions depuis début 2026, allant jusqu'à l'exclusion temporaire. Le chiffre reste dérisoire au regard des défaillances constatées.
La cour proposée par Bruno Retailleau comprendrait « un collège de citoyens, désigné par tirage au sort », siégeant aux côtés de magistrats et de personnalités qualifiées. Elle ne serait pas présidée par un magistrat, mais par l'un des autres membres, élu par ses pairs. Les citoyens, les supérieurs hiérarchiques ou le ministre de la Justice pourraient la saisir. Le CSM conserverait son rôle pour les nominations. Une proposition qui redonne du pouvoir au peuple face à une justice trop souvent repliée sur elle-même.
Philippe et le RN : précaution et fermeté
Edouard Philippe a exigé jeudi sur X la création d'un « véritable principe de précaution face aux violences faites aux enfants ». Priorité absolue aux plaintes des enfants, coordination des services, accélération des procédures, responsabilités établies en cas de défaillance. Des mesures de bon sens qui tardent à s'imposer.
Du côté du Rassemblement national, Julien Odoul a appelé vendredi à des sanctions plus lourdes. Pour le député de l'Yonne, « la première des protections, c'est la dissuasion ». Il a rappelé que les peines ne sont pas assez fermes et que la promesse d'Emmanuel Macron de construire 15 000 places de prison en 2017 a été trahie. Sans places suffisantes, toute la chaîne pénale est paralysée. Il a également dénoncé une baisse de 8,8 millions d'euros dans le budget de la justice.
La gauche : toujours plus de moyens, jamais de cadre
Côté socialiste, Pierre Jouvet a appelé dimanche à « un grand grenelle de la protection de l'enfance ». Le PS exige une politique publique basée sur les axes de la Ciivise : repérage, traitement judiciaire rapide, accompagnement et prévention. Le parti réclame aussi des « moyens humains et matériels » supplémentaires. La rengaine habituelle.
Delphine Batho, députée Génération écologie, a demandé que les 70 000 plaintes pour viols ou attouchements en attente soient réexaminées avec des recoupements. Elle milite pour des brigades des mineurs spécialisées dans chaque département. Une proposition intéressante sur le principe, mais qui se heurte à la réalité des effectifs.
Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, a plaidé pour « des réponses politiques à la hauteur » et dénoncé le gouvernement qui coupe les moyens des enquêteurs. Raphaël Glucksmann a réclamé des moyens supplémentaires et des « procédures d'urgence ». Toujours la même ritournelle : des moyens, encore des moyens, sans jamais questionner le fonctionnement de l'institution.
Le vrai débat : l'ordre ou l'impuissance
Ce drame rappelle une évidence : la République ne peut pas protéger ses enfants sans un appareil judiciaire qui fonctionne. La gauche brandit l'étendard des moyens comme unique réponse. La droite et le centre portent celui de la responsabilité et de la sanction des défaillances. Entre l'ordre républicain et l'impuissance institutionnelle, le choix politique est clair. Les classes moyennes, les petits commerçants, les Français ordinaires n'attendent pas de nouveaux grenelles ou de nouvelles commissions. Ils veulent que l'Etat assure ses fonctions régaliennes. Que les magistrats répondent de leurs erreurs. Que les peines dissuadent les criminels. Lyhanna méritait cette protection élémentaire. Elle ne l'a pas eue.