Arnaud Denis : une fin apaisée mais un gâchis qui interroge
Le comédien et metteur en scène Arnaud Denis s'est éteint à 43 ans, après avoir eu recours à l'euthanasie en Belgique. Son avocat a annoncé sa mort ce mardi 22 septembre à l'Agence France-Presse, plongeant le monde du théâtre dans la stupeur. Trois fois nommé aux Molières, il souffrait depuis des mois de douleurs intraitables qu'il attribuait à un implant anti-hernie.
Delphine Depardieu, sa complice de scène et amie fidèle, était à ses côtés jusqu'au dernier souffle. Dans un témoignage bouleversant accordé au Parisien, elle décrit un homme apaisé au moment de partir : « Il est parti soulagé, avec presque un sourire sur le visage. Mais c'est un choc terrible... »
Une carrière fauchée en pleine ascension
Pour Delphine Depardieu, la peine est d'autant plus vive qu'Arnaud Denis était au sommet de son art. « Arnaud montait, montait, il était en train d'exploser dans son art et il a été fauché dans sa lancée, c'est tellement injuste », regrette-t-elle. Le metteur en scène, qui avait signé une adaptation remarquée des Liaisons dangereuses en 2024 avec Delphine Depardieu sur scène, portait encore de nombreux projets.
Malgré des souffrances décrites comme « interminables » et « dégradantes », il conservait une gratitude rare. « Il a dit qu'il avait eu 40 ans de vie merveilleuse, dont 22 ans de carrière extraordinaire », rapporte son amie.
L'euthanasie en Belgique, un choix qui divise
Ce drame relance une question sensible : celle de l'euthanasie et de ses dérives potentielles. Arnaud Denis a dû se rendre en Belgique pour mettre fin à ses jours, un pays où la législation est plus permissive qu'en France. Ce choix, médiatisé par le comédien lui-même ces derniers mois, avait pour but de dénoncer les conséquences de son implant et l'impuissance de la médecine française face à sa douleur.
On ne peut que s'interroger sur une société qui pousse un homme de 43 ans, au sommet de son art, à envisager une telle issue. Faut-il y voir une avancée de la compassion ou un renoncement collectif à soulager la souffrance ? La question mérite d'être posée, loin des postures idéologiques.
Un homme de théâtre d'une bienveillance rare
Au-delà du débat, Delphine Depardieu tient à saluer l'homme et l'artiste. « C'était un directeur d'acteur hors pair », affirme-t-elle. « Souvent quand je travaille, je le prends en exemple, il savait d'un mot vous donner l'indication précise pour nourrir le personnage. »
Elle insiste aussi sur ses qualités humaines : « Il était d'une douceur et d'une bienveillance envers l'autre, d'une pudeur, il savait que plus vous faisiez attention à l'autre plus il vous donnait. »
Arnaud Denis laisse derrière lui une œuvre riche, des rôles marquants dans Plus belle la vie, Joséphine, ange gardien ou Les Bracelets rouges, et le souvenir d'un homme qui aura honoré le théâtre français jusqu'au bout. Son départ, préparé et apaisé, n'en reste pas moins un gâchis immense pour la culture de notre pays.