Aubagne libérée : Guy Moyen, le sergent entré le premier dans sa ville natale
Il y a 82 ans, le 21 août 1944, le sergent Guy Moyen, 23 ans, entrait à bord de son char Jean-Bart dans sa ville natale d'Aubagne, acclamé par une foule en liesse. Ce moment historique marquait la fin de l'occupation allemande et l'ouverture de la route vers Marseille.
Un engagement précoce au service de la France
Engagé dès 1941 au 4e régiment de zouaves stationné à Tunis, Guy Moyen n'avait que 20 ans. Pendant deux ans, il combat les troupes de l'Axe en Corse puis en Sicile avant de retourner en Afrique du Nord. En 1944, alors que les Alliés débarquent en Normandie, le jeune homme embarque le 8 août à bord d'un cargo anglais en direction de la France.
Sept jours plus tard, désormais sergent incorporé au 3e bataillon de zouaves, il débarque au cap des Cardinaux à Sainte-Maxime dans le cadre de l'opération Dragoon. « Nous avons longé la côte sur 200 km, nous sommes passés par Le Luc, Brignoles, pour finalement arriver le 21 août à proximité d'Aubagne », racontait-il dans La Marseillaise le 19 août 1985.
Les combats meurtriers du château de la Bourbonne
Mené par le commandant Letang, le bataillon s'engage au col de l'Ange où de violents affrontements opposent les forces allemandes aux soldats du général Monsabert, chargé de libérer Aubagne. S'ensuit un combat acharné au château de la Bourbonne, place forte de la résistance allemande, où 160 soldats français, alliés, résistants et goumiers marocains trouvent la mort.
« Nous étions pris dans un tir nourri d'artillerie. Cet engagement fut terriblement meurtrier pour les zouaves, les goumiers. Nous laissions sur place de nombreux morts alors que la colonne de chars était complètement stoppée », témoignait l'Aubagnais à l'historien Lucien Grimaud.
L'entrée triomphale dans Aubagne
À 15h30, Guy Moyen part en reconnaissance à bord de son char Jean-Bart. Au niveau de la route de Toulon, il consulte les deux autres chefs de char et décident ensemble de prendre la route en direction d'Aubagne, menés par l'enfant du pays, gagné par l'émotion.
« Je roule en vitesse, les nerfs sont à bout », décrivait le sergent dans Le Provençal du 21 août 1964. Depuis la route de Gémenos, il entre dans Aubagne, plus de trois ans après son départ pour l'Afrique du Nord. « Tout est désert, fermé, je pousse jusqu'au virage et stoppe à la pharmacie Joly, un peu avant le boulevard Jean-Jaurès. Mme Casella a prévenu mes parents, rue Martinot, place de l'Horloge. Les gens sont sortis de derrière les volets. Deux mille personnes sont attroupées. »
Acclamés par la foule, Guy Moyen et ses camarades défilent dans la ville. « Avec mon char Jean-Bart, j'étais stationné à l'emplacement de l'agence Mazet, tout le monde était dans la rue, mes parents sont arrivés et nous avons tous chanté La Marseillaise », partageait-il dans La Marseillaise le 19 août 1985.
Un héros décoré, une mémoire à préserver
Dans la foulée, un obus est tiré sur la ville et le régiment doit partir libérer Marseille le lendemain. Décoré de la Croix de guerre avec étoile d'argent, de la Croix du combattant et de la médaille coloniale, Guy Moyen s'est éteint à Aubagne le 17 février 1994.
Ce récit rappelle le sacrifice de toute une génération de Français qui ont libéré le territoire national au prix de leur sang. Alors que certains voudraient réécrire l'histoire, il est de notre devoir de transmettre ces actes de bravoure aux générations futures. La France ne doit rien oublier de ceux qui ont fait sa liberté.
Questions fréquentes sur la libération d'Aubagne
Qui était Guy Moyen ?
Guy Moyen était un sergent du 3e bataillon de zouaves portés, engagé dès 1941. Il est entré le premier dans Aubagne le 21 août 1944 à bord de son char Jean-Bart.
Quel rôle a joué le château de la Bourbonne dans la libération d'Aubagne ?
Le château de la Bourbonne était une place forte de la résistance allemande. Les combats qui s'y sont déroulés ont coûté la vie à 160 soldats avant que la ville ne soit libérée.
Qu'est-ce que l'opération Dragoon ?
L'opération Dragoon est le débarquement allié en Provence, lancé le 15 août 1944. Elle a permis la libération du sud de la France, dont Aubagne et Marseille.