Dans la nuit de dimanche à lundi, à Châteauneuf-sur-Charente, un bijoutier a fait feu sur deux cambrioleurs qui s'étaient introduits dans son magasin. L'un d'eux, blessé, a réussi à s'enfuir avec un complice, tandis que les gendarmes, retardés par un cadenas posé sur leur propre portail, sont arrivés trop tard. Une affaire qui illustre le sang-froid d'un commerçant excédé et les ruses de malfaiteurs toujours plus audacieux.
Un réveil en pyjama, un fusil à la main
M. Ribeiro, bijoutier de la rue Aristide-Briand, a été réveillé par l'alarme. En pyjama, il dévale l'escalier et entrevoit deux individus, occupés à vider la vitrine. Le bijoutier tire à deux reprises, en visant les jambes, précise-t-il. L'un des hommes s'enfuit. L'autre, touché, s'écroule contre la vitrine extérieure, qu'il brise dans sa chute. Mais traînant tant bien que mal un carton contenant le butin, le blessé, vêtu d'un blouson rouge et d'un bonnet de laine, parvient à se hisser dans une R 20 gris-métallisé garée au coin de la rue, qui démarre en trombe en direction de Barbezieux.
Les voisins, un couple de grainetiers, ont tout vu. « Nous l'avons vu s'enfuir en criant : J'ai été touché. Il marchait accroupi, semant des montres et des bijoux derrière lui », racontent-ils. La commerçante ajoute : « J'ai même relevé le numéro d'immatriculation, avant de penser que c'était certainement une voiture volée. »
Les gendarmes en stop, à vélo
Pendant ce temps, Mme Ribeiro, qui a surmonté sa peur, téléphone à la gendarmerie. Le brigadier Coulom reçoit le message, prévient ses collègues et court ouvrir le portail. Et là, surprise ! Celui-ci est fermé par un gros cadenas de moto. Rien à faire pour l'enlever ; une scie à métaux se brise sur l'acier trempé.
Le chef Angerraud saute donc par-dessus la grille et arrête la première voiture qui passe. Un de ses collègues réussit à sortir un vélo et rejoint la bijouterie, distante d'un kilomètre à peine. Un troisième, averti chez lui, se rend sur les lieux avec sa voiture personnelle. « Nous avons seulement perdu deux ou trois minutes », précise le commandant de brigade, qui a dû faire appel à un serrurier équipé d'un chalumeau pour ouvrir le portail.
Des signaux avec une lampe de poche
Lorsque les gendarmes arrivent rue Aristide-Briand, tous les voisins sont dans la rue, en pyjama et robe de chambre, ramassant les bijoux que le voleur a semés. M. Yves Deslias, le boucher, avait essayé d'arrêter un des bandits qui s'enfuyait. Il raconte : « J'avais remarqué, dans une voiture garée, de la lumière par intermittence. J'ai très vite compris qu'il s'agissait de signaux effectués à l'aide d'une lampe de poche. Aussi, quand j'ai vu un homme sortir en courant de la bijouterie, j'ai essayé de l'arrêter avec mon fourgon. En vain. »
Les époux Ribeiro, eux, font les premiers constats dans le magasin : le rideau de fer a été soulevé avec un pied-de-biche et la serrure de la porte sciée, ce qui a déclenché le signal d'alarme. Les voleurs ne disposaient donc que de très peu de temps pour ouvrir les vitrines, tournées à l'intérieur du magasin pour la nuit, et rafler leur contenu. Ce qu'ils avaient déjà fait lorsque M. Ribeiro est intervenu.
Hier soir, la bijoutière finissait à peine son inventaire et déplorait l'absence d'une dizaine de bagues en or, de sept ou huit colliers, de bracelets ornés de perles, d'un plateau de médailles et de plusieurs montres de valeur. Du nettoyage l'attendait aussi : le cambrioleur blessé avait laissé des traces de sang sur les vitrines, jusque dans la rue...
« Nos vacances séparément »
« Vous avez bien fait de vous défendre », disaient les nombreuses clientes qui ont défilé dans le magasin de M. et Mme Ribeiro. « Mon mari ne vivait plus depuis les cambriolages de 1978 et du mois de mars dernier. Cette fois-ci, c'est M. Ribeiro lui-même qui avait arrêté les voleurs, toujours avec son fusil de chasse. Depuis, il montait la garde tous les soirs, parfois jusqu'à 2 heures du matin », raconte-t-elle. « Et nous prenions nos vacances séparément. Pour ne pas laisser le magasin inhabité... »
Cette affaire rappelle, s'il en était besoin, que nos commerçants de proximité sont en première ligne face à la délinquance. Ils méritent le soutien de la République, et non des leçons de morale. La légitime défense doit être reconnue sans ambiguïté. Les forces de l'ordre, elles, ont fait preuve d'un sang-froid remarquable malgré les obstacles. On peut toutefois s'interroger : comment des malfaiteurs ont-ils pu cadenasser la gendarmerie sans éveiller les soupçons ? Il y a là une faille de sécurité qu'il conviendra de corriger rapidement.