Charlotte Gainsbourg photographie la maison de Serge : un hommage intime et bouleversant
À 54 ans, Charlotte Gainsbourg livre un projet artistique d'une rare intensité. Après des décennies consacrées au cinéma, à la musique et au dessin, elle se tourne vers la photographie. Pour cette première exposition, elle a choisi un sujet profondément personnel : la maison de son père, Serge Gainsbourg, au 5 bis, rue de Verneuil, à Paris. Ce lieu, devenu maison-musée en septembre 2023, a été capturé par l'artiste quelques jours avant son ouverture au public.
Une plongée solitaire dans l'intimité du 5 bis
Avant que les visiteurs n'envahissent les lieux, Charlotte Gainsbourg s'est retrouvée seule dans cette demeure où Serge Gainsbourg a vécu et travaillé pendant plus de vingt ans. Munie d'un appareil Hasselblad, elle a immortalisé les détails du lieu tels qu'elle les avait connus. De cette immersion sont nées une trentaine de photographies en noir et blanc, réunies sous le titre « 5 bis ». Présentées cet été aux Rencontres d'Arles, au cloître Saint-Trophime, ces œuvres ont été réalisées dans le cadre d'un projet mené avec Saint Laurent et la fondation LUMA de Maja Hoffmann, sous le commissariat de Matthieu Humery.
Les traces minuscules d'un père disparu
Plutôt que de montrer la maison dans son ensemble, l'artiste s'est attardée sur les traces minuscules laissées par son père. Des meubles protégés par des bâches pendant les travaux, des chaussures alignées sur une étagère ou encore l'empreinte visible sur un canapé deviennent autant de fragments chargés de mémoire. Ces objets ordinaires prennent une autre dimension sous son regard, comme si chacun conservait quelque chose de Serge Gainsbourg malgré les décennies écoulées depuis sa disparition.
Charlotte Gainsbourg raconte avoir passé de très longues périodes dans la maison pour réaliser ces images, allant jusqu'à évoquer « d'interminables nuits ». Elle y cherchait moins une reconstitution qu'une sensation, une présence, dans un endroit resté profondément lié à son histoire familiale. Le projet se distingue ainsi d'un précédent travail photographique associé à l'un de ses albums, où elle avait notamment capturé New York et les cimetières de Montparnasse après la mort de sa sœur Kate Barry en 2013.
Un dialogue avec l'absence, sans artifice
Cette fois, sa démarche se veut plus lente et construite. « Le projet que je montre aujourd'hui n'a rien à voir. C'est une exploration de la maison de mon père, à laquelle j'ai accordé plus de soin. Je dirais que ces nouvelles images sont plus réfléchies », explique-t-elle dans Le Point. Derrière l'objectif, Charlotte Gainsbourg semble ainsi chercher une autre manière de dialoguer avec l'absence, sans discours spectaculaire ni mise en scène excessive.
Un livre et une exposition pour prolonger la mémoire
Les photographies de « 5 bis » connaissent désormais une nouvelle vie. Elles sont réunies dans un livre publié chez SL Éditions et présentées à l'espace Saint Laurent Rive droite. Plus de trente ans après la mort de Serge Gainsbourg, sa fille transforme donc un lieu privé en matière artistique, tout en préservant son caractère intime. Ce premier projet photographique ressemble moins à un simple hommage qu'à une exploration personnelle de ce qui demeure après la disparition d'un proche. À travers des détails presque silencieux, Charlotte Gainsbourg fait de la mémoire de son père un sujet d'art, mais aussi une façon de revisiter sa propre histoire en profondeur.
Photo : Closermag.fr