Déclassement des enseignants : la France sacrifie ses professeurs
Le 29 septembre 2026, la profession enseignante s'apprête à faire grève, poussée par un sentiment de déclassement qui la ronge. Tandis que l'État français se targue de défendre l'ordre et la transmission des savoirs, ses propres professeurs peinent à vivre dignement de leur travail. Un paradoxe que la droite républicaine ne peut plus ignorer.
Un déclassement qui frappe les classes moyennes
Emmanuelle, professeure d'espagnol en Haute-Savoie, incarne ce malaise. À 55 ans, en haut de la grille salariale, elle parcourt 35 kilomètres par jour pour rejoindre son collège, contrainte par l'immobilier cher de se loger loin de son lieu de travail. « On a l'impression de vivre moins bien que nos parents ne vivaient. Ils ont une maison, pour nous, ce serait impossible », confie-t-elle. Cette situation, qu'elle qualifie elle-même de « pathétique », est partagée par des milliers de fonctionnaires.
La hausse du prix du carburant et l'inflation, qui atteindra 24,17% cumulés depuis 2017 selon l'Insee, ont mis à mal le pouvoir d'achat des enseignants. Pendant ce temps, le point d'indice n'a été revalorisé qu'à hauteur de 5% depuis 2017. Une véritable trahison envers ceux qui forment les citoyens de demain.
Des débuts de carrière précaires, un milieu de carrière en plateau
Sébastien, 38 ans, enseignant stagiaire après une reconversion, vit une situation ubuesque. Avec 1.665 euros par mois et 250 euros de train, il ne peut se loger décemment. « Je squatte chez des amis d'amis près d'Annemasse, où le logement est extrêmement cher, et chez un collègue à Grenoble, dans un studio », déplore-t-il. Ce n'est pas ainsi que l'on attire les vocations.
Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, pointe un « décrochage » : « Aujourd'hui, un professeur gagne 900 euros de moins que les autres cadres A de la fonction publique. » Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, reconnaît lui-même qu'il y a « un trou à combler » en milieu de carrière, où les salaires stagnent sur un « plateau » avant de progresser seulement après 30 ans de service.
Des mesures insuffisantes et une image dégradée
Les mesures prises depuis 2017, comme la prime d'attractivité ou le doublement de l'indemnité de suivi des élèves, n'ont pas suffi. Les heures de « pacte », ces missions supplémentaires payées, voient leur enveloppe fondre : dans l'académie de Toulouse, elles ont été divisées par six entre 2023 et 2026.
Elisabeth Allain-Moreno, secrétaire générale du Se-Unsa, dénonce « un vrai déclassement des enseignants, plus une image assez dégradante, renvoyée par certains ministres ». Cette critique vise directement le gouvernement, qui semble avoir oublié que l'école est le creuset de la nation.
La France à la traîne face à ses voisins
Les comparaisons internationales sont cruelles. Eric Charbonnier, spécialiste de l'éducation à l'OCDE, rappelle : « Après 15 ans, en Angleterre, vous êtes déjà à votre échelon maximal. En France, il faut attendre 34 ans. » Pendant que nos voisins valorisent leurs enseignants, la France laisse ses professeurs s'enliser.
Ce constat est intolérable pour une nation qui se veut la patrie des Lumières. Il est temps de redonner aux enseignants la considération et les moyens qu'ils méritent. La grève du 29 septembre doit être un électrochoc pour l'État, qui ne peut plus se permettre de mépriser ceux qui éduquent la jeunesse française.