Dissuasion nucléaire : la France, bouclier de l'Europe
La proposition d'Emmanuel Macron d'étendre le parapluie nucléaire français à l'Europe porte ses fruits. Dix pays ont déjà manifesté leur intérêt, un succès qui agace Washington. Analyse d'une avancée stratégique majeure pour la souveraineté du continent.
Une initiative française qui séduit l'Europe
Le concept de « dissuasion avancée », lancé par le président de la République le 2 mars dernier à l'Ile Longue, prend une ampleur inattendue. Selon les informations de L'Express, pas moins de dix États européens ont répondu présent : l'Allemagne, le Royaume-Uni, la Suède, la Norvège, la Finlande, le Danemark, la Pologne, la Grèce, les Pays-Bas et la Belgique. Les trois pays baltes, plus exposés encore, frappent également à la porte, mais la France manque de personnel qualifié pour répondre à toutes les demandes.
Ce succès contraste avec l'échec de la proposition de 2020, qui avait fait flop. La donne a changé : l'invasion russe de l'Ukraine et le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche ont réveillé les consciences. Les Européens cherchent désormais des garanties solides, et la France apparaît comme le seul recours crédible.
L'Allemagne en pointe, mais avec prudence
Berlin mène la danse. Le chancelier Friedrich Merz, très allant, veut « plus et plus vite que tous les autres ». Une déclaration conjointe a été signée le jour même du discours de l'Ile Longue, et un groupe de pilotage nucléaire de haut niveau a été créé. Le 17 juillet dernier, deux Rafale français ont été déployés sur la base de Nörwenich, près de Cologne. Symbole fort, mais Berlin a exigé qu'ils ne soient pas équipés d'une maquette du missile nucléaire ASMPA. Prudence oblige.
L'Allemagne, comme tous les pays européens non dotés, a renoncé à l'arme nucléaire en signant le Traité de non-prolifération. Elle dépend donc des États-Unis pour sa sécurité. Face aux doutes sur l'engagement américain, elle explore d'autres pistes, y compris avec le Royaume-Uni, mais les autorités allemandes ont démenti toute participation au financement des missiles Trident.
Les pays nordiques, un terrain prometteur
C'est avec les quatre pays nordiques que la coopération semble la plus avancée. Leur position géographique face à la Russie est stratégique. La Finlande a modifié sa législation le 1er juillet pour permettre le déploiement d'armes nucléaires sur son sol en cas de guerre. La Suède, elle, a acheté quatre frégates françaises FDI et Paris a accepté d'exporter pour la première fois des missiles de croisière navals d'une portée de plus de 1 000 kilomètres. En retour, la France acquiert deux Saab Global Eye pour remplacer ses Awacs. Les deux pays réfléchissent même à une collaboration sur l'avion de combat du futur, après l'échec du Scaf.
La Pologne et les Baltes, entre motivation et prudence
Varsovie est très motivée et souhaiterait bénéficier du même traitement que l'Allemagne. Mais au-delà des déclarations d'amitié, concrétisées par le traité de Nancy, la France reste prudente. Pas question d'envoyer un signal trop fort à la Russie. Même prudence vis-à-vis des pays baltes, encore plus exposés.
À l'exception de la Grèce, très liée à la France en matière de défense, l'Europe du Sud reste en retrait. L'Italie et l'Espagne ne montrent guère d'enthousiasme, tout comme la Roumanie, où la France déploie pourtant 1 200 hommes dans le cadre de l'Otan.
Washington, l'éléphant dans la pièce
Les États-Unis observent cette initiative avec méfiance. « Tous les Européens sont allés les voir pour leur demander ce qu'ils pensaient de la proposition française », raconte une source proche du dossier. Washington reste discret et réservé, au point de décevoir Paris. Si l'administration Trump entend retirer une partie de ses troupes d'Europe, elle veut rester maîtresse du jeu nucléaire, clé de voûte de sa domination. « Cela rassurerait tout le monde si la France rejoignait le Groupe des plans nucléaires de l'Otan », reconnaît une source. Mais c'est un tabou politique que la France ne semble pas prête à briser.
Et après Macron ?
Une incertitude demeure dans les capitales européennes : la proposition française sera-t-elle toujours aussi solide après le départ d'Emmanuel Macron de l'Élysée ? Les échéances électorales de 2027 approchent, et la pérennité de cette initiative dépendra de la volonté politique du prochain locataire de l'Élysée. Mais une chose est sûre : la France a repris sa place de puissance protectrice en Europe, et cela, personne ne pourra l'ignorer.
FAQ : La dissuasion avancée, questions fréquentes
Qu'est-ce que la dissuasion avancée ?
La dissuasion avancée est un concept proposé par Emmanuel Macron en mars 2026. Il s'agit d'associer les pays européens intéressés à la posture nucléaire française, via des exercices conjoints, un soutien conventionnel, voire un déploiement de forces nucléaires sur leur territoire. La décision ultime reste française.
Quels pays sont intéressés ?
Dix pays ont manifesté leur intérêt : l'Allemagne, le Royaume-Uni, la Suède, la Norvège, la Finlande, le Danemark, la Pologne, la Grèce, les Pays-Bas et la Belgique. Les pays baltes souhaitent également en être.
Pourquoi les États-Unis sont-ils réservés ?
Washington craint de perdre son monopole nucléaire en Europe. La France offrant une alternative crédible, cela pourrait affaiblir l'influence américaine sur le continent.