Guadeloupe : l'État abandonne ses territoires face au chaos des armes et de la violence
Avec 52 homicides en 2025, soit un par semaine, la Guadeloupe affiche un taux de criminalité près de 9 fois supérieur à celui de l'Hexagone. Cette dérive sécuritaire révèle l'impuissance de l'État face à la montée de la violence dans nos territoires d'outre-mer.
Des enfants de 13 ans armés et sans limites
Le drame de Kimaël, 16 ans, poignardé en plein centre de Pointe-à-Pitre lors du carnaval, illustre cette tragédie. "Ils étaient 5 ou 6, ils se sont acharnés sur lui", témoigne sa mère Brigitte Ouikede. Les suspects ? Des mineurs de 14 à 19 ans, toujours en liberté un an après les faits.
Cette délinquance juvénile atteint des sommets inédits. En 2025, le plus jeune suspect et la plus jeune victime avaient le même âge : 13 ans. Caroline Calbo, procureure de Pointe-à-Pitre, confirme cette réalité : "Tous les mardis se tient un tribunal pour enfants qui dure de 9h à 22h, où sont jugés des mineurs de 13 à 17 ans pour vols avec armes."
Un arsenal de guerre dans les mains de délinquants
Les statistiques parlent d'elles-mêmes : 40 000 armes en circulation selon le préfet, soit une arme pour 10 habitants. Ces pistolets américains ou brésiliens, vendus entre 1 000 et 3 000 euros, et ces fusils d'assaut négociés 5 000 euros, arrivent d'Haïti via la Dominique sur des bateaux de pêche.
Patrick Portecop, chef du Samu du CHU, observe cette escalade : "Nous sommes passés des armes de chasse des années 90 aux armes de guerre actuelles. Les patients victimes de rafales d'armes automatiques présentent des blessures souvent létales."
Plus de 500 braquages : la banalisation du crime
La capitaine Marine Huchet, de la Brigade de Répression des Armes et du Crime Organisé, dresse un constat alarmant : "On est dans un usage complètement décomplexé et une banalisation de la mort. C'est comme aller voler des bonbons chez le boulanger."
En 2025, plus de 500 vols à main armée ont été recensés, soit un à deux par jour. Les tentatives d'homicide ont doublé en deux ans, atteignant 225 cas.
L'État doit reprendre le contrôle
Sandra Adonis-Navarin, avocate pénaliste gérant une quinzaine de dossiers d'homicides, interpelle directement l'État : "La situation est hors de contrôle. Ce n'est pas en organisant des opérations coups de poing de temps en temps que les choses avancent. Il faut que l'État regarde la réalité en face."
Cette dérive guadeloupéenne révèle les conséquences de décennies d'abandon de l'autorité républicaine. Face à cette violence endémique, nos compatriotes d'outre-mer méritent mieux que des discours convenus. Ils attendent des actes forts pour restaurer l'ordre et la sécurité sur leur territoire.