Incendie mortel de Crans-Montana : ce que les époux Moretti ont dit face à la justice
Six semaines après la tragédie qui a coûté la vie à 41 personnes dans leur établissement de Crans-Montana, Jacques et Jessica Moretti ont été confrontés à la justice suisse. Une audition sous haute tension qui révèle l'ampleur des négligences ayant conduit au drame.
Des aveux qui accablent
Interrogés les 11 et 12 février par le tribunal cantonal du Valais à Sion, les gérants corses du bar « Le Constellation » ont dû répondre aux questions de 80 avocats représentant les parties civiles. Face aux familles endeuillées, Jacques Moretti a exprimé ses regrets, mais ses explications peinent à convaincre.
L'homme reconnaît avoir installé de la mousse acoustique hautement inflammable au plafond du sous-sol, achetée dans un simple magasin de bricolage Hornbach. « J'avais demandé conseil à des professionnels de la vente », se justifie-t-il, affirmant même avoir effectué des tests d'inflammabilité qui n'auraient révélé aucun danger.
Une succession de manquements graves
Les révélations s'enchaînent et dressent le portrait d'une gestion pour le moins défaillante. Aucun exercice incendie n'avait été organisé depuis que Jacques Moretti avait repris l'établissement en 2015. Aucun. Sa justification ? Personne ne lui avait « jamais soumis l'idée ».
Plus troublant encore, la nuit du drame, aucun extincteur n'a été utilisé. Le gérant invoque la rapidité de propagation du feu et le mouvement de panique, privilégiant l'évacuation. Une version qui interroge quand on connaît l'ampleur des dégâts.
Jessica Moretti : une fuite qui questionne
L'épouse, fille de pompier, s'est montrée particulièrement émue lors de son audition. Elle justifie son départ précipité par sa volonté d'« appeler les pompiers au plus vite ». Pourtant, cette femme formée aux gestes de secours avoue ne pas avoir tenté d'aider les jeunes à sortir des flammes.
« Je pensais que tout le monde me suivait, je ne pensais pas que c'était aussi grave », déclare-t-elle entre deux sanglots. Une naïveté qui étonne de la part d'une professionnelle de l'hôtellerie.
La question des mineurs éludée
Interrogée sur la présence de mineurs dans l'établissement, Jessica Moretti reconnaît que « nous ne sommes pas infaillibles ». Elle évoque une possible intrusion pendant l'absence de l'agent de sécurité, tout en assurant avoir vérifié les cartes d'identité. Des explications qui semblent bien légères au regard de la tragédie.
Cette affaire révèle une fois de plus les dérives d'un laxisme qui tue. Quand la recherche du profit prime sur la sécurité des clients, les conséquences peuvent être dramatiques. Les familles de victimes attendent désormais que justice soit rendue, et que les responsabilités soient clairement établies.
L'enquête se poursuit et les époux Moretti seront de nouveau interrogés dans les prochaines semaines. Il est temps que les véritables responsables de cette tragédie évitable répondent de leurs actes devant la justice.