Dans La Vie d'une femme, Léa Drucker incarne une chirurgienne maxillo-faciale qui mène son existence tambour battant jusqu'au jour où une rencontre inattendue la bouleverse. Présenté en compétition à Cannes, ce film de Charline Bourgeois-Tacquet dresse le portrait d'une quinquagénaire épanouie qui s'autorise un rebond romantique, loin des clichés d'un cinéma qui racontait naguère des femmes fanées.
L'actrice, qui porte ici l'uniforme de la blouse blanche après avoir endossé ceux d'infirmière, de policière ou d'enquêtrice de l'IGPN, se confie sur ce rôle d'autorité, sur la sensualité des femmes mûres à l'écran, et sur une réalité qu'elle connaît bien : la précarité des actrices de plus de 50 ans.
Qui est Gabrielle, ce personnage de femme en maîtrise ?
« Gabrielle est professionnellement accomplie et, malgré la difficulté de son métier, elle est à l'endroit où elle a toujours voulu être », explique Léa Drucker. Autour d'elle, un socle solide : un mari qu'elle aime, un ami très cher, une mère dont elle s'occupe. Elle n'a pas d'enfant, choix qu'elle ne justifie en rien. « Mais elle est là pour tous, endosse les responsabilités, sans jamais subir. »
Son ami la surnomme « Robocop ». Un sobriquet assumé : « De par son statut social et professionnel, elle est en position d'autorité. Elle est un pilier pour tous et dégage une forme de solidité, parce qu'elle est capable d'affronter des enjeux de vie et de survie, qu'elle parte réparer des visages de soldats en Ukraine ou gère la dégradation des conditions de travail au sein de l'hôpital public. »
Un basculement amoureux à 50 ans
À 50 ans, Gabrielle reste curieuse de ce que la vie peut lui apporter. Une rencontre avec une romancière, incarnée par Mélanie Thierry, la chamboule. « Cette femme en maîtrise est chamboulée par une rencontre inattendue », souligne l'actrice. Le changement de rythme dans la mise en scène traduit ce basculement : après les couloirs du service qu'elle dirige, la voici dans une nature spectaculaire et paisible, « toute petite face à la montagne et à l'amour ».
Mélanie Thierry, une partenaire « franche et généreuse »
« C'est une des comédiennes les plus inspirantes de notre cinéma », affirme Léa Drucker. « Mélanie est très franche, ne fait aucune manière, et chaque scène avec elle est vivante, spontanée, généreuse. Je me sentais en sécurité absolue. » Les deux actrices se retrouveront d'ailleurs sur le prochain film de Carine Tardieu.
Des scènes d'amour préparées avec une coordinatrice d'intimité
Une première pour Léa Drucker. « Ce sont des scènes très difficiles à faire, notamment techniquement. Au même titre qu'une cascade, il est essentiel de répéter, de tout caler pour mettre tout le monde en sécurité, de poser ses limites. » L'essentiel, dit-elle, n'est pas la performance mais la question : « Comment raconter l'amour à travers un geste, un acte ? »
La sensualité des femmes de plus de 50 ans, un tabou qui tombe ?
« Il est rare de raconter la sensualité d'une femme de plus de 50 ans à l'écran », reconnaît l'actrice, qui salue le choix d'une réalisatrice de 40 ans. « Les femmes sont intéressantes à tout âge et il est joyeux de raconter une histoire comme celle-là. » Elle trouve « belle la façon dont cette femme mûre et a priori imperturbable se retrouve désarçonnée par le sentiment amoureux, comme une jeune fille qui vit ses premiers émois ».
« Beaucoup d'actrices de mon âge sont au chômage »
Interrogée sur la rareté des rôles pour les comédiennes de plus de 50 ans, Léa Drucker ne mâche pas ses mots : « J'ai effectivement une place privilégiée. Beaucoup d'actrices de mon âge sont au chômage ou doivent accepter ce qui se présente. »
Son parcours, marqué par une carrière cinématographique qui n'a décollé qu'à la quarantaine, a coïncidé avec une prise de conscience collective : « Il fallait plus de femmes à tous les postes sur les plateaux et davantage de complexité chez les personnages féminins à l'écran. » Mais elle prévient : « Je fais partie des exceptions. Et il faut surtout rester vigilant : malgré des progrès, la place des femmes dans le secteur reste très fragile. »
Un deuxième César vécu comme « une marque d'amitié »
Revenant sur son César de la meilleure actrice pour Dossier 137, Léa Drucker confie : « Pas pour moi mais pour un personnage, pour l'univers qu'ont créé Dominik Moll et Gilles Marchand, pour un regard posé sur nous et notre société. Un film n'existe pas sans une équipe. Un prix non plus. »
« Il y a dix ans, je n'aurais jamais imaginé être à cette place », ajoute celle qui a su imposer une autorité douce et rassurante, loin des outrances d'un cinéma qui se cherche.
La Vie d'une femme, de Charline Bourgeois-Tacquet, avec Léa Drucker et Mélanie Thierry, en salles.