Marina Vlady, la dernière des Poliakoff, s'en est allée
Marina Vlady, figure majeure du cinéma français et européen, s'est éteinte jeudi à l'âge de 88 ans. Née Catherine Marina de Poliakoff-Baïdaroff à Clichy en 1938, elle incarnait cette France qui accueille et qui intègre, celle des réfugiés russes devenus artistes de premier plan. Sa carrière, riche de près de quatre-vingts longs-métrages, aura marqué plusieurs générations de cinéphiles.
Une enfance russe à Clichy, entre opéra et cinéma
Issue d'une famille d'émigrés russes arrivés en France après la Révolution de 1917, la jeune Catherine grandit entourée de ses trois sœurs, toutes promises à une carrière artistique. Son père, ancien aviateur engagé dans l'armée française en 1915, devient chanteur à l'opéra russe de Paris avant de connaître les affres de la crise de 1929 et de travailler comme ouvrier à Clichy. Sa mère, elle, était danseuse.
Quittant l'école à douze ans, la jeune fille intègre le corps de ballet de l'Opéra de Paris comme petit rat. Le cinéma la rattrape très tôt puisqu'elle tourne dès l'âge de dix ans. À seize ans, elle remporte le prix Suzanne Bianchetti pour sa prestation dans Avant le déluge d'André Cayatte, récompense prometteuse qui annonce une carrière exceptionnelle.
Un destin amoureux hors normes
La vie sentimentale de Marina Vlady fut à l'image de sa carrière : intense et romanesque. À dix-sept ans, elle épouse Robert Hossein, dont elle aura deux fils. Le couple, très en vue, divorce quatre ans plus tard. Elle se remarie avec l'aventurier Jean-Claude Brouillet, père de son troisième fils.
Mais c'est sa rencontre avec Vladimir Vissotsky, poète et chanteur russe de génie, qui marquera sa vie. Épousé à Moscou en 1969, il l'entraîne en URSS jusqu'à sa mort en 1980, après une existence marquée par les excès et les persécutions politiques. Elle tirera de cette histoire d'amour un livre poignant, Vladimir ou le vol arrêté, publié en 1987.
« J'ai eu quatre maris, beaucoup d'amants et trois fils. J'ai vécu à côté d'eux et, donc, quand j'écris, c'est pour eux », écrivait-elle dans ses Mémoires 24 images/seconde.
Une carrière entre cinéma d'auteur et succès populaires
Marina Vlady aura traversé tous les genres, du cinéma d'auteur le plus exigeant aux comédies populaires. Prix d'interprétation féminine à Cannes en 1963 pour Le lit conjugal de Marco Ferreri, elle incarne Lady Percy dans le Falstaff d'Orson Welles en 1965, puis devient l'héroïne de Jean-Luc Godard dans Deux ou trois choses que je sais d'elle en 1967.
Les années 1970 la voient briller dans des œuvres plus accessibles comme Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil de Jean Yanne ou Que la fête commence de Bertrand Tavernier. Sur les planches, elle connaît son « plus grand bonheur d'actrice » en incarnant l'une des Trois sœurs de Tchekhov avec ses propres sœurs en 1969.
Un engagement politique marqué à gauche
Féministe convaincue, Marina Vlady signe en 1971 le manifeste des 343 pour le droit à l'avortement. Avec le cancérologue Léon Schwartzenberg, dont elle partage la vie, elle fonde le DAL, l'association pour le droit au logement, et soutient la cause des mal-logés, des sans-papiers et la liberté de l'euthanasie.
Cette actrice d'exception, qui aura été courtisée par Marlon Brando et Orson Welles, laisse derrière elle une œuvre considérable et le souvenir d'une femme libre, fidèle à ses racines russes et à sa patrie d'adoption. La France perd une grande dame du septième art, et Clichy, sa ville natale, une enfant prodige devenue légende.
FAQ sur Marina Vlady
Qui était Marina Vlady ?
Marina Vlady, de son vrai nom Catherine Marina de Poliakoff-Baïdaroff, était une actrice française d'origine russe, née en 1938 à Clichy et décédée en 2026. Elle a tourné dans près de 80 films et a été récompensée à Cannes en 1963.
Quels ont été ses maris les plus célèbres ?
Elle a épousé Robert Hossein en 1955, Jean-Claude Brouillet, puis le poète russe Vladimir Vissotsky en 1969. Elle a ensuite partagé la vie du cancérologue Léon Schwartzenberg.
Quel était son engagement politique ?
Marina Vlady était une féministe engagée, signataire du manifeste des 343 pour le droit à l'avortement. Elle a cofondé le DAL et soutenu les causes des mal-logés et des sans-papiers.
Quel film lui a valu le prix à Cannes ?
Elle a reçu le prix d'interprétation féminine à Cannes en 1963 pour Le lit conjugal de Marco Ferreri.