Noyades à Lyon et en Haute-Savoie : les conseils du Dr Kierzek pour éviter le drame
En quelques minutes, une baignade censée apporter un peu de fraîcheur peut basculer dans le drame. Cet été encore, les noyades frappent partout en France, des rivières aux piscines privées, parfois dans des lieux que l'on croit familiers et sans danger. Alors que Santé publique France observe une hausse des noyades depuis le début de la saison, le Dr Gérald Kierzek rappelle les réflexes essentiels pour éviter le pire et surtout, savoir réagir lorsque l'accident survient.
Un enfant qui échappe quelques secondes à la surveillance, un plongeon dans une rivière, une entrée brutale dans une eau froide... La noyade ne ressemble pas toujours à l'image spectaculaire que l'on s'en fait. Elle peut être silencieuse, rapide et survenir même chez un bon nageur. Voici ce qu'il faut absolument savoir avant de se mettre à l'eau.
En quelques jours, plusieurs noyades rappellent la brutalité du danger
L'été devait être synonyme de fraîcheur et de moments partagés. Pourtant, en quelques jours, plusieurs familles ont été confrontées à l'irréparable.
À Lyon, dans la nuit du 13 au 14 août, un jeune homme de 23 ans est mort après s'être baigné dans la Saône, quai Fulchiron, malgré l'interdiction de baignade. Il s'agit du quatrième décès par noyade enregistré dans la métropole lyonnaise cette semaine, selon Lyon Capitale. La préfecture du Rhône rappelle que « courants, profondeur, obstacles immergés et température de l'eau peuvent rendre ces pratiques particulièrement dangereuses ».
En Haute-Savoie, le drame a frappé des familles dans des circonstances très différentes. Le 12 août, un garçon de 13 ans est mort noyé dans le lac de la Beunaz, à Saint-Paul-en-Chablais, sur une base de loisirs où la baignade est pourtant surveillée. Selon Le Parisien, l'adolescent serait resté une vingtaine de minutes sous l'eau avant d'être extrait par des plongeurs. Malgré les tentatives de réanimation, il n'a pas pu être sauvé.
La veille, au Vitam Parc de Neydens, une fillette de 3 ans avait été victime d'une noyade. Gravement blessée, elle avait été prise en charge par les secours puis transportée à l'hôpital d'Annecy, selon Le Dauphiné Libéré.
Trois lieux, trois circonstances, mais une même réalité : la noyade peut survenir très rapidement, y compris dans un environnement que l'on croit sécurisé.
Ces nouveaux drames interviennent alors que Santé publique France a recensé 274 décès par noyade entre le 1er mai et le 15 juillet 2026, dont 37 enfants et adolescents. Une réalité qui rappelle que la vigilance ne doit jamais faiblir, même lors d'une baignade qui semble parfaitement ordinaire.
Car le danger ne prend pas toujours la forme spectaculaire que l'on imagine. « Une noyade ne ressemble pas aux scènes agitées qu'on imagine, elle est souvent silencieuse et rapide, surtout en cas de perte de connaissance soudaine », rappelle le Dr Gérald Kierzek.
Et c'est précisément cette discrétion qui la rend si difficile à repérer.
Même un bon nageur n'est jamais à l'abri
Face à une rivière ou un canal, le danger est souvent moins visible qu'en mer. L'eau peut sembler calme. Le courant, lui, ne l'est pas forcément.
« Plus d'une noyade sur deux survenant dans les fleuves, les rivières ou les canaux entraîne un décès », souligne le Dr Gérald Kierzek, médecin urgentiste et directeur médical de Doctissimo.
Sous la surface peuvent se trouver des blocs de béton, des pieux, des débris métalliques ou des zones très peu profondes. Un plongeon qui paraît anodin peut alors provoquer un traumatisme grave. À cela s'ajoutent les courants, particulièrement dangereux près des barrages et des écluses.
Le niveau de natation ne constitue donc pas une protection absolue. « Même les bons nageurs peuvent se retrouver en grande difficulté », avertit le médecin.
C'est pourquoi les recommandations sont finalement très simples : privilégier les zones de baignade surveillées, ne jamais se baigner seul et éviter les rivières, fleuves et canaux lorsque la baignade y est interdite. Il faut également bannir les plongeons depuis les ponts ou les barrages.
Pour les enfants, la règle est encore plus stricte. Une bouée ou des brassards ne remplacent jamais la présence d'un adulte attentif. La surveillance doit être constante, active et exclusive.
Car une noyade n'est pas nécessairement spectaculaire. Cette réalité est essentielle à connaître : attendre de voir une personne appeler à l'aide ou agiter les bras peut faire perdre un temps précieux.
Hydrocution : pourquoi il faut éviter de plonger brutalement dans l'eau
Autre piège de l'été : après plusieurs heures au soleil, l'envie de se jeter immédiatement dans une eau fraîche est presque instinctive. Pourtant, ce contraste brutal entre la chaleur du corps et la température de l'eau peut provoquer une réaction cardiovasculaire importante.
C'est ce que l'on appelle couramment l'hydrocution. L'entrée brutale dans une eau froide peut entraîner un malaise, une perte de connaissance et, dans les cas les plus graves, un arrêt cardiaque.
Le réflexe est donc de ne pas passer directement d'une exposition prolongée au soleil à une immersion brutale. Le Dr Kierzek recommande d'entrer progressivement dans l'eau afin de laisser à l'organisme le temps de s'adapter à la différence de température.
L'eau peut aussi réserver d'autres mauvaises surprises. Dans certains fleuves et canaux urbains, la pollution microbiologique expose notamment à des gastro-entérites, des otites, des infections urinaires ou des irritations cutanées.
Autrement dit, se rafraîchir n'est pas le problème. C'est le lieu et la manière de le faire qui peuvent transformer un geste banal en prise de risque.
Si quelqu'un se noie, chaque minute compte
Lorsque l'accident survient, la sidération peut prendre le dessus. On crie, on cherche de l'aide, on hésite. Pourtant, les premières minutes sont déterminantes.
- Premier réflexe : alerter immédiatement les secours en composant le 15 ou le 112 ;
- Deuxième réflexe : sortir la victime de l'eau si cela peut être fait sans se mettre soi-même en danger. Une personne en difficulté peut, dans la panique, s'accrocher à celui qui tente de la sauver et l'entraîner sous l'eau. Il ne faut donc jamais se transformer en seconde victime ;
- Troisième réflexe : commencer les gestes de premiers secours sans attendre, notamment la réanimation cardiopulmonaire si la personne ne respire plus.
Le principe est simple : ne pas attendre que la victime « reprenne ses esprits » spontanément lorsque la respiration est absente ou anormale.
Et bien sûr, la meilleure arme reste la prévention. Le Dr Kierzek le résume avec une formule qui dit toute l'urgence de la situation : « Il suffit de quelques minutes d'inattention, même dans une piscine de faible profondeur, pour que la baignade vire au cauchemar ».
Cette vigilance vaut aussi à domicile. Les piscines privées donnent parfois une impression trompeuse de sécurité parce qu'elles sont familières, peu profondes ou installées dans le jardin. Pourtant, le Dr Kierzek rappelle que les noyades d'enfants surviennent majoritairement dans les piscines privées.
Barrière de protection, échelle retirée ou sécurisée, couverture conforme, dispositif d'alarme : les équipements peuvent réduire le risque, mais ils ne remplacent jamais la surveillance humaine.
Car derrière les chiffres de Santé publique France, il y a toujours la même réalité : une noyade peut survenir en quelques instants, dans une rivière que l'on croyait calme comme dans une piscine que l'on pensait sans danger. La meilleure protection reste donc celle qui paraît parfois la plus simple : ne jamais banaliser l'eau, même lorsqu'elle semble familière, et rester constamment attentif lorsqu'un enfant se trouve à proximité d'un bassin ou d'un plan d'eau.
