Écoles catholiques: quand des associations militantes imposent leur vision aux élèves
Une enquête révèle comment certaines associations intervenant dans les établissements privés catholiques détournent l'éducation à la vie affective et sexuelle au profit d'une idéologie conservatrice, parfois en contradiction avec les programmes officiels de l'État.
Un programme officiel détourné
Depuis septembre dernier, tous les élèves français doivent bénéficier de séances d'éducation à la vie affective et relationnelle. Dans les établissements catholiques privés sous contrat, ce programme a été rebaptisé "Ears" par le secrétariat général de l'enseignement catholique. Mais derrière cette adaptation se cache une réinterprétation idéologique qui interroge.
"Il n'y a pas de secret sur l'idéologie promue par ces associations", dénonce Alexis Guitton, secrétaire national de la Fep-CFDT. "C'est une vision catholique traditionaliste et conservatrice de l'éducation à la vie affective et à la sexualité."
Des associations aux méthodes contestables
Parmi ces intervenants, l'association Cycloshow-XY, fondée par Elisabeth Raith-Paula, opposée à la contraception et à l'IVG, propose des ateliers non mixtes pour les classes de sixième et cinquième. Les filles découvrent "la beauté du cycle féminin", tandis que les garçons se préparent à "la mission amour et vie" à travers le thème de la conquête spatiale.
L'association Com' je t'aime, dirigée par Inès de Franclieu, véhicule des messages pour le moins discutables. Selon elle, "le préservatif ne sert à rien" et les maladies sexuellement transmissibles résultent d'"un usage particulier de la sexualité". Cette association, labellisée par l'enseignement catholique, revendique 1800 interventions auprès de 50.000 enfants.
Un contournement des programmes nationaux
Ces pratiques posent un problème de fond: les établissements privés sous contrat s'engagent à respecter les programmes définis par l'Éducation nationale. Or, le programme officiel vise à "lutter contre les préjugés et stéréotypes" et à "sensibiliser à l'égalité femmes-hommes", objectifs diamétralement opposés à ces interventions.
"Les établissements privés sous contrat doivent appliquer le programme, et non le réécrire", rappelle fermement Alexis Guitton.
Des formations douteuses financées par l'argent public
Au-delà des interventions directes, ces associations forment également les enseignants via Formiris, organisme partiellement financé par des fonds publics. Une formation sur le "leadership vertueux" dispensée par un membre de l'Opus Dei a ainsi été proposée à Rouen, visant à développer "l'épanouissement spirituel" des élèves.
Plus inquiétant encore, l'association Lift bénéficie du financement du milliardaire ultraconservateur Pierre-Édouard Stérin, à l'origine du projet politique "Périclès" visant à faire gagner la droite et l'extrême droite.
L'État doit reprendre le contrôle
Guillaume Prévost, secrétaire général de l'enseignement catholique, revendique ouvertement cette dérive: "Nos enseignants peuvent témoigner de leur foi sans prosélytisme, ils peuvent même faire des maths chrétiennes en convoquant la métaphysique d'Aristote."
Face à cette situation, une proposition de loi déposée le 28 janvier par les députés Violette Spillebout et Paul Vannier prévoit un contrôle renforcé de tous les intervenants dans les établissements scolaires, y compris les bénévoles.
Il était temps. L'État français ne peut tolérer que des associations militantes détournent l'école de sa mission républicaine, même dans le privé sous contrat. La liberté pédagogique ne saurait justifier l'endoctrinement idéologique de nos enfants aux frais du contribuable.