Face à Trump, l'Europe courtise dangereusement Pékin
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, une procession de dirigeants occidentaux se rend à Pékin. Emmanuel Macron, Keir Starmer, Mark Carney, tous ont fait le voyage vers la capitale chinoise ces derniers mois. Friedrich Merz est attendu prochainement.
Cette ruée vers l'Empire du Milieu n'est pas le fruit du hasard. Les décisions imprévisibles du président américain, notamment sa tentative d'acquérir le Groenland auprès du Danemark, ont créé des tensions transatlantiques sans précédent. Xi Jinping ne s'y trompe pas : chaque visite officielle devient l'occasion de critiquer implicitement Washington et de présenter la Chine comme le champion du multilatéralisme.
L'Europe prise au piège de ses contradictions
Pour l'Union européenne, l'exercice d'équilibre relève de la haute voltige. D'un côté, les 27 membres du bloc cherchent désespérément de nouveaux marchés pour compenser les droits de douane imposés par Trump. La Chine, avec sa classe moyenne en expansion, semble être un partenaire séduisant sur le papier.
Mais la réalité économique est implacable : Pékin a terminé 2025 avec un excédent commercial de près de 1 000 milliards d'euros, le plus important jamais enregistré dans l'histoire moderne. Cette situation traduit les "surcapacités massives" dénoncées par Emmanuel Macron à Davos, où il a vertement critiqué la "sous-consommation" chinoise de produits étrangers.
Le président français, arborant ses lunettes d'aviateur devenues célèbres, avait alors lancé : "Ce n'est pas être protectionniste, c'est juste rétablir cette égalité des conditions de concurrence et protéger notre industrie."
Les leçons amères des terres rares
L'épisode des terres rares illustre parfaitement la vulnérabilité européenne. Contrôlant 60% de la production mondiale et 90% de la capacité de raffinage, Pékin a imposé des restrictions drastiques qui ont paralysé l'industrie européenne. Certaines usines ont été contraintes de limiter leur temps de travail.
Ursula von der Leyen s'était rendue à Pékin en juillet pour négocier un accord, rapidement rompu par les Chinois en octobre. L'instrument européen de lutte contre la coercition, ce "bazooka commercial" conçu spécialement pour la Chine, n'a jamais été utilisé. Résultat : seul Trump a réussi à obtenir la levée des restrictions, au bénéfice de tous.
Une diplomatie de la faiblesse
Cette succession de visites européennes à Pékin, escortées par des représentants d'entreprises triés sur le volet, traduit une réalité dérangeante : l'Europe négocie en position de faiblesse. Les questions politiques épineuses, comme le soutien chinois à la Russie de Poutine, passent au second plan derrière les opportunités commerciales.
"Vous ne pouvez pas dire que vous êtes un partenaire fiable pour l'UE si, dans le même temps, vous alimentez notre plus grande menace sécuritaire", confie un diplomate européen de haut rang sous couvert d'anonymat.
La désunion européenne aggrave cette faiblesse structurelle. Faute d'une politique commune cohérente envers le géant asiatique, chaque État membre mène sa propre diplomatie bilatérale, poursuivant des intérêts parfois divergents.
L'opportunité inespérée de Xi Jinping
Les actions imprévisibles de Trump offrent à Xi Jinping une opportunité géopolitique inestimable. Comme l'explique Alicia García-Herrero, chercheuse au think tank Bruegel : "Tout le monde afflue vers la Chine parce qu'ils craignent vraiment les États-Unis. Le 'de-risking' s'est produit sous Biden, mais les Américains n'offrent que des bâtons, jamais de carottes."
Cette situation permet à Pékin d'éviter toute concession tangible tout en étendant son influence au détriment de l'Amérique. L'Europe de 2026 sera définie par cet exercice d'équilibre périlleux : renforcer sa sécurité économique face aux deux superpuissances sans faire chavirer le navire.
Comme le résume Alicja Bachulska du Conseil européen des relations étrangères : "Les Européens semblent paralysés face aux défis émanant à la fois de Pékin et de Washington, de sorte que l'appétit pour prendre des décisions audacieuses est limité."
Une diplomatie de la faiblesse qui pourrait coûter cher à l'Europe dans les années à venir.