Le Canada futur « membre associé » de l'UE : une promesse floue qui interroge
Ursula von der Leyen a proposé, ce mercredi 16 septembre, de faire du Canada le premier pays « membre associé » de l'Union européenne. Une annonce spectaculaire, saluée par les eurodéputés, mais dont personne ne connaît encore la portée juridique réelle.
La présidente de la Commission européenne s'est exprimée lors de son discours annuel sur l'état de l'Union, en présence du Premier ministre canadien Mark Carney, longuement applaudi dans l'hémicycle de Strasbourg. « Nous voulons élever les relations avec le Canada au plus haut niveau possible », a-t-elle déclaré, proposant de « travailler ensemble » à la création de ce statut inédit.
Un statut juridiquement inexistant dans les traités européens
Le « membre associé » n'apparaît nulle part dans les traités de l'UE. L'eurodéputé allemand Tobias Cremer l'a lui-même admis : « Nous ne savons pas encore vraiment ce que cela signifie. » Une imprécision qui n'a pas empêché l'élu social-démocrate d'y voir une alliance « intrinsèquement » porteuse de sens.
L'idée avait déjà été évoquée en mai dernier par l'Allemagne, qui souhaitait offrir ce statut à l'Ukraine. Le chancelier Friedrich Merz avait alors esquissé les contours : participation aux sommets européens et à certaines réunions ministérielles, nomination d'un commissaire associé, tout cela sans droit de vote.
Pour l'heure, il s'agit donc davantage d'une intention politique que d'une réalité institutionnelle. L'objectif affiché est de renforcer la coopération avec Ottawa, dans un contexte de défiance croissante envers Washington.
Un rapprochement stratégique contre la domination américaine et chinoise
Cette proposition intervient dans un climat géopolitique tendu. L'Europe, en froid avec les États-Unis, cherche des appuis pour rééquilibrer ses relations avec les deux superpuissances. Le Canada, engagé dans une guerre commerciale avec son voisin américain, cherche de nouveaux partenaires.
« Nous voyons le monde avec les mêmes yeux : de l'IA au changement climatique, de l'Arctique à la géopolitique », a souligné Ursula von der Leyen, appelant Bruxelles et Ottawa à « bâtir un avenir commun ». Mark Carney, premier chef de gouvernement étranger invité à prononcer un discours devant le Parlement européen, doit s'exprimer jeudi à Strasbourg.
Des coopérations concrètes à renforcer : énergie, IA, terres rares
Les échanges entre l'UE et le Canada ont déjà bondi de 80 % depuis 2016 grâce à l'accord de libre-échange. Le Canada a également rejoint cette année le programme de défense européen Safe, une première pour un pays non membre.
L'ambassadeur canadien à Bruxelles, Jonathan Wilkinson, a évoqué des pistes de coopération dans les domaines « stratégiquement importants » pour « garantir notre souveraineté » : l'énergie, l'intelligence artificielle et les matières premières critiques, notamment les terres rares. Ottawa espère aussi un accord avec la Banque européenne d'investissement pour financer des projets miniers et réduire la dépendance à la Chine.
Des obstacles subsistent, notamment en France
Dix pays de l'UE, dont la France, l'Italie et la Pologne, n'ont pas encore ratifié l'accord de libre-échange avec le Canada, en raison des contestations du monde agricole. Les dispositions sur la protection des investissements restent lettre morte.
Des discussions sont en cours pour assouplir les règles de mobilité de la main-d'œuvre et élargir les échanges d'étudiants via Erasmus. Le Canada pourrait également contribuer au prêt de 90 milliards d'euros de l'UE à l'Ukraine, en participant à des projets de défense.
Cette proposition de « membre associé » reste donc une coquille vide, mais elle témoigne d'une volonté politique : celle de bâtir des alliances solides face aux géants américain et chinois. Une ambition louable, à condition qu'elle ne se dissolve pas dans les brumes bruxelloises.