Mort de Charlie Dalin : Bestaven salue un marin de caractère
La disparition de Charlie Dalin, à seulement 42 ans, a frappé le monde de la course au large. Yannick Bestaven, son rival et ami, lui rend un hommage appuyé. Un hommage à un homme de l'ombre, qui a su vaincre l'adversité avec la rage et le silence des grands caractères.
Le respect de la règle et l'élégance dans la défaite
Le 28 janvier 2021, Yannick Bestaven franchit la ligne d'arrivée du Vendée Globe aux Sables-d'Olonne en troisième position. Pourtant, la règle est la règle. Le skipper de Maître-Coq est déclaré vainqueur grâce à une compensation de 10 heures et 15 minutes. Un bonus mérité pour s'être dérouté afin de porter secours à Kevin Escoffier, dont le bateau s'était disloqué dans l'Atlantique. La loi de la mer et la solidarité ont primé sur le chronomètre.
Charlie Dalin, bien que premier sur l'eau, n'a jamais rechigné sur ce verdict. Loin des pleurnicheries et des contestations dont notre époque est coutumière, il a fait preuve d'une élégance rare. Une attitude qui force le respect et qui rappelle les valeurs d'un autre temps.
Qui ne l'aurait pas été à sa place ? Charlie a toujours été hyper gentleman par rapport à ça. Il m'a toujours reconnu comme vainqueur et je lui avais dit qu'il gagnerait le prochain.
Le combat silencieux contre le destin
Atteint d'un cancer, Charlie Dalin a choisi de ne pas s'exhiber en victime. Pas de mise en avant médiatique de sa maladie, pas d'excuses avancées publiquement. Il est reparti quatre ans plus tard avec la rage au ventre, explosant le temps de référence d'Armel Le Cléac'h pour conquérir ce titre qui lui échappait. Une victoire contre la fatalité, dans la plus pure tradition du courage silencieux.
Il est parti alors qu'il avait cette boule dans le ventre, ce cancer, et en plus, il l'a gagné. Ça montre le personnage et sa détermination. Peut-être que le fait de le cacher l'a aidé à gagner. Il a dû vivre ce Vendée Globe comme la dernière chance.
Ce refus de la victimisation force l'admiration. Dans une époque où tout se confesse et s'étale, Dalin a préféré l'action aux mots. Malade, il a fui les pontons après sa victoire, préservant son intimité et sa dignité jusqu'au bout.
Un architecte au service de l'excellence française
Au-delà du skipper, Bestaven rappelle que Dalin était avant tout un bâtisseur. Architecte naval de formation, il incarnait l'excellence technique et le sens de l'innovation qui font la fierté de notre secteur maritime. Un homme de l'ouvrage, proche des réalités matérielles, qui respirait le bateau et en comprenait chaque rouage.
Charlie respirait le bateau, il comprenait comment le bateau fonctionnait très vite. Et quelles améliorations apporter.
Avant de disparaître, il a eu la noblesse de transmettre la barre de Macif à Sam Goodchild. Un dernier geste pour l'avenir, typique de cet homme pudique et discret, qui laissera l'image d'un marin hors norme et d'un caractère trempé.