Pesticides, incendies, narcotrafic : le député Biteau dénonce un gouvernement sourd aux alternatives
Le député écologiste et social de la Charente-Maritime, Benoît Biteau, était l'invité politique de Franceinfo ce mercredi 22 juillet. Sans langue de bois, il a dénoncé un gouvernement qui, selon lui, ne dialogue qu'avec une frange de l'agriculture et méprise les attentes citoyennes.
Des élus menacés, un État absent ?
Interrogé sur la protection des élus après l'exfiltration du maire d'Alès par le RAID, menacé par la DZ Mafia, Biteau a dressé un constat alarmant. « Malheureusement, on est dans un contexte où les élus peuvent avoir peur », a-t-il déclaré, rappelant avoir lui-même été victime de tirs d'armes à feu dans sa cour de ferme pour avoir dénoncé des pratiques agricoles. Il a évoqué l'existence d'une « milice qui protège le narcotrafic », incapable d'être démantelée, et a rendu hommage à son ami Amine Kessassi, dont deux frères ont été assassinés.
Incendies : des moyens insuffisants, des pompiers sacrifiés
Alors que les incendies ravagent la France, de la Haute-Corse à la Bretagne, Biteau a fustigé le manque d'équipement. « On avait prévu des achats de Canadairs qui n'ont pas eu lieu », a-t-il déploré, soulignant que ce sont les « soldats du feu » qui paient le prix fort. Trois pompiers sont déjà décédés cette année.
Loi d'urgence agricole : une fuite en avant pour les pesticides
Le cœur de l'interview a porté sur la loi d'urgence agricole, adoptée définitivement au Parlement. Biteau a vivement critiqué la réintroduction des néonicotinoïdes, pourtant interdits en 2018. « Le gouvernement ne s'entretient qu'avec les agriculteurs qui utilisent des pesticides », a-t-il asséné, appelant la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, à « aller voir ceux qui n'en utilisent pas ».
Selon lui, des alternatives crédibles existent, comme l'utilisation de prédateurs naturels (syrphes, coccinelles) pour lutter contre les pucerons. Il a dénoncé une « fuite en avant » et un mépris pour la science de l'INRA. « Plus de 2 millions de citoyens ont signé une pétition contre ces pesticides, mais on piétine les attentes sociétales », a-t-il martelé.
Une loi qui ne profite qu'à 6 % des agriculteurs
Biteau a également étrillé le volet sur les mégabassines, rappelant que seulement 6 % des agriculteurs sont irriguants. « Trouvez-moi un article dans cette loi qui permet de mieux rémunérer les agriculteurs, ça n'existe pas », a-t-il lancé, qualifiant le discours de Sébastien Lecornu d'« insultant pour les 94 % d'agriculteurs qui n'ont pas accès à l'irrigation ».
Monique Barbut a raison de démissionner
Le député a apporté son soutien à la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, qui a remis sa lettre de démission à Emmanuel Macron. « Ce ministère de l'Écologie est complètement écrasé », a-t-il estimé, regrettant que sa démission n'ait pas eu lieu avant le débat sur la loi agricole pour faire pression sur le gouvernement.
Présidentielle : l'union de la gauche face à l'extrême droite
Interrogé sur l'avenir politique, Biteau a appelé à une « union de la gauche forte » pour empêcher l'extrême droite d'arriver au pouvoir. « J'ai côtoyé Viktor Orbán, ça fait peur », a-t-il confié, tout en restant évasif sur une candidature autonome des écologistes ou un ralliement à la France Insoumise.
FAQ : Ce qu'il faut retenir
Pourquoi Benoît Biteau critique-t-il la loi d'urgence agricole ?
Il estime qu'elle réintroduit des pesticides dangereux sans se soucier des alternatives, et qu'elle ne profite qu'à une minorité d'agriculteurs irriguants.
Que reproche-t-il au gouvernement sur la sécurité des élus ?
Un manque de protection face aux menaces du narcotrafic, illustré par l'exfiltration du maire d'Alès et ses propres expériences.
Quelle est sa position sur la démission de Monique Barbut ?
Il la soutient, mais regrette qu'elle n'ait pas démissionné plus tôt pour peser sur le débat parlementaire.
Photo : Franceinfo