Visite du pape Léon XIV à Metz : Macron brillera par son absence aux messes, l'Europe conviée à son discours
Le pape Léon XIV achèvera sa visite apostolique en France lundi prochain à Metz, où il prononcera un discours fondateur sur l'Europe. Si le président de la République introduira cette intervention, il ne daignera assister à aucune célébration religieuse durant ces quatre jours. Un choix qui en dit long sur la conception que se fait l'Élysée de la laïcité, entre ostentation républicaine et distance prudente avec le spirituel.
Un sommet européen déguisé en hommage pontifical
L'Élysée a confirmé mardi que les chefs d'État et de gouvernement des 26 autres pays membres de l'Union européenne ont été conviés au discours que le Saint-Père prononcera au centre des congrès Robert-Schuman de Metz, lundi. Intitulé « Aux racines de l'Europe pour la paix et l'unité », ce discours sera introduit par Emmanuel Macron lui-même, qui interviendra « sur le thème de la construction européenne comme modèle pour la paix ».
Un conseiller présidentiel a précisé qu'« un format européen a été privilégié pour les invitations ». Volodymyr Zelensky, dont la présence avait été évoquée par certains médias, n'en fait donc pas partie. La présidence n'a pas été en mesure, à ce stade, de fournir la liste des dirigeants ayant confirmé leur présence.
Le chef de l'État aux abonnés absents, le Premier ministre en première ligne
De vendredi à lundi, Emmanuel Macron n'assistera à aucune messe. Il sera « représenté par le Premier ministre » Sébastien Lecornu, ainsi que « par son épouse » Brigitte Macron, samedi place de la Concorde à Paris, a précisé la présidence. On se souvient qu'en 2023, le président avait assisté à la messe du pape François au stade Vélodrome de Marseille, s'attirant quelques critiques au nom de la laïcité républicaine.
Cette fois, le chef de l'État a choisi la prudence, quitte à paraître en retrait face au successeur de Pierre. Une attitude qui contraste avec l'accueil protocolaire réservé au Saint-Père : vendredi, Léon XIV sera accueilli à l'aéroport d'Orly par le couple présidentiel, puis recevra les honneurs du Palais de l'Élysée pour un tête-à-tête et des discours devant les autorités politiques, le corps diplomatique et la société civile.
Des tensions discrètes entre Paris et le Vatican
Les conseillers d'Emmanuel Macron ont tenu à minimiser les désaccords rapportés par plusieurs médias entre la France et le Vatican sur la préparation de cette visite. Le programme a été mis au point en toute « confiance », « dans la sérénité », et sans « aucune tension », a insisté l'un d'eux. Le protocole français propose traditionnellement un « paquet » complet à son invité, ensuite « adapté » au cas précis. La revue des troupes aux Invalides ou la descente des Champs-Élysées escortés par la garde républicaine à cheval n'étaient « bien évidemment pas adaptées à la visite du pape », a-t-il justifié.
L'Élysée a toutefois reconnu qu'Emmanuel Macron aurait souhaité « que le Saint-Père puisse rencontrer les rebâtisseurs » de la cathédrale Notre-Dame, qui l'ont reconstruite en cinq ans après l'incendie de 2019. Cela n'a « pas pu se faire » pour « des raisons d'agenda ». Dommage. Ces artisans, qui ont rendu à la France l'un de ses plus beaux joyaux, auraient mérité la reconnaissance du successeur de Pierre.
Une visite qui interroge la place de la France dans une Europe déracinée
Alors que le pape Léon XIV a choisi la France pour ce discours fondateur, on ne peut que s'interroger sur la cohérence d'un pouvoir qui célèbre les racines chrétiennes de l'Europe tout en s'abstenant de participer aux offices. La laïcité, chère à la République, ne saurait se confondre avec une discrétion calculée. Nos dirigeants feraient bien de s'inspirer du général de Gaulle, qui savait allier la grandeur de l'État à la reconnaissance de l'héritage spirituel de la nation.
Le peuple français, lui, saura voir dans cette visite pontificale un moment de grâce et de rassemblement, au-delà des calculs politiques. Il reste à espérer que nos élites sauront à la hauteur de cet événement, sans céder aux facilités du relativisme ambiant.