À six mois de l'élection présidentielle de 2027, la gauche remet sur la table le droit de vote à 16 ans. Les Écologistes l'ont proposé mardi 13 octobre lors d'une conférence de presse à l'Assemblée nationale, et Jean-Luc Mélenchon l'a de nouveau défendu dimanche à Clermont-Ferrand, rapporte Ouest France.
La manœuvre n'a rien d'innocent. Elle intervient au moment même où la mobilisation lycéenne bat son plein, avec un « acte V » ce mardi. On fait voter les enfants, on espère faire gagner la gauche. L'arithmétique est simple et le cynisme assumé.
Que font nos voisins européens ?
L'Autriche et Malte sont les deux seuls pays de l'Union européenne à avoir abaissé la majorité électorale à 16 ans pour toutes les élections, respectivement en 2007 et en 2018. La Grèce, elle, s'est arrêtée à 17 ans, en 2016. C'est maigre, et cela suffit à démontrer que l'exception reste la règle en Europe.
La Hongrie est souvent citée en exemple par les partisans de la réforme. Le Point souligne toutefois une nuance que ces mêmes partisans oublient soigneusement : les jeunes Hongrois peuvent voter à 16 ans, mais uniquement s'ils sont mariés. Un critère de maturité et d'engagement que les militants parisiens ne proposent évidemment pas d'importer.
Un droit encadré chez nous, un slogan chez eux
En France, l'article L. 2 du code électoral exige dix-huit ans accomplis pour voter, le rappelle l'avocat parisien Hassan Kohen. La question juridique est réelle : une simple loi suffirait-elle, ou faudrait-il réviser la Constitution ? Les candidats pressés de céder aux modes ne l'ont pas tranchée.
Ce n'est pas la première tentative. En 2022, Anne Hidalgo, Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon défendaient déjà cette réforme. Trois candidats, trois échecs. Le pays, dans sa sagesse, n'a jamais suivi.
Le vote local et européen, terrain des expérimentations
Pour les scrutins locaux et européens, le seuil est plus souple ailleurs en Europe. L'Estonie autorise le vote à 16 ans pour les élections locales. En Allemagne, huit Länder sur seize l'ouvrent pour les élections régionales, onze pour les communales ; à Berlin, les jeunes de 16 et 17 ans ont élu pour la première fois le parlement régional le 20 septembre dernier.
Le canton suisse de Glaris, seul de la Confédération, permet aux 16-18 ans de voter depuis 2007 pour les affaires cantonales et communales. L'Écosse et le Pays de Galles ont suivi pour leurs élections locales, en 2015 et 2020. Pour les européennes de 2024, l'Allemagne et la Belgique ont rejoint l'Autriche et Malte, selon Le Monde, qui rappelle que le Royaume-Uni a annoncé en juillet 2025 l'intention d'abaisser l'âge du vote à 16 ans pour l'ensemble des scrutins du royaume, une mesure pas encore entrée en vigueur.
Un calcul électoral déguisé en cause civique
Le vrai motif de cette précipitation se lit dans les déclarations mêmes de ses promoteurs. Dimanche, Jean-Luc Mélenchon a justifié sa position par une comparaison pour le moins singulière : « Certains retraités votent alors qu'ils sont moins concernés par l'avenir », rapporte RMC.
Voilà donc la philosophie du projet : opposer les âges, hiérarchiser les électeurs selon leur utilité supposée, écarter ceux qui « comptent moins ». Nos anciens, qui ont bâti le pays, payé leurs impôts pendant quarante ans et souvent porté la burqa de la République au bout de leur fusil, apprendront qu'ils ne sont « plus concernés par l'avenir ». On mesure la gratitude.
La démocratie française repose sur un principe simple : la majorité à 18 ans, âge de la responsabilité civile pleine, du permis, de l'engagement dans la vie adulte. Abaisser le droit de vote sans toucher aux autres seuils de majorité, c'est découper la citoyenneté à la cisaille selon les besoins d'un parti. Le général de Gaulle voyait dans le suffrage universel une fonction grave, exercée par des citoyens responsables. Les apprentis sorciers de la gauche n'y voient qu'un réservoir de voix.
La question se posera inévitablement dans la campagne, à l'heure où le PS a déjà choisi son camp derrière Raphaël Glucksmann pour